Tribunes & Focus

Les Contrepoints de la Santé - 1 décembre 2020

Santé publique : « il faut s’appuyer sur les forces présentes dans les territoires »

Prévu à l’automne, puis finalement reporté au printemps 2021, le « Ségur de la santé publique », annoncé par le ministre de la Santé le 21 juillet dernier en conclusion du Ségur de la santé, doit être l’occasion de renouveler notre façon de concevoir, d’enseigner et de pratiquer la santé publique en France. Et ce, afin de faire évoluer notre système de soins vers un véritable système de santé.

Décloisonner le système, inclure tous les acteurs de la promotion de la santé, améliorer la prévention et l’éducation en santé, soutenir les initiatives locales et les dynamiques de territoires… les enjeux, nombreux, ont été évoqués et débattus lors des Contrepoints de la Santé organisés le 23 novembre 2020, en présence du Pr Franck Chauvin, Président du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), et du Pr Emmanuel Rusch, Président de la Société française santé publique (SFSP) et Président de la Conférence nationale de Santé (CNS). Un débat dont nous étions partenaires média.

 

D’un système de soins à un système de santé

« Il y a eu le Ségur de la santé », comme « réponse à la crise de l’hôpital » ; « il me semble que le Ségur de la santé publique que l’on doit conduire doit être une réflexion sur la place de la santé dans notre système de soins », introduit Franck Chauvin, Président du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), lors des derniers Contrepoints de la Santé. De fait, « il serait temps que notre système de santé, qui est en fait un système de soins, évolue vraiment vers un système de santé ».

L’une des étapes-clé pour y parvenir est de « décloisonner » entre sanitaire et médicosocial, entre soins de premiers recours et soins spécialisés, entre soins à domicile, de ville et hospitaliers, pour une meilleure efficacité et efficience, renchérit Emmanuel Rusch, Président de la Société Française de Santé Publique (SFSP). « En France, on a un mode de fonctionnement en silo, il faut que l’on puisse abattre un certain nombre de cloisons », détaille-t-il.

Pour lui, le système doit par ailleurs renforcer la prévention et la promotion en santé, et davantage prendre en compte les inégalités sociales de santé.

Une « réponse de santé » plus qu’une « réponse toute médicale »

« Tous les acteurs de santé, médicaux ou non, devront contribuer » à cette transitionselon Franck Chauvin, qui appelle à « sortir d’une réponse toute médicale » pour s’orienter vers « une réponse de santé ».

« Ils sont prêts », renchérit Emmanuel Rush. Prêts « à se mobiliser », « à confronter leurs idées » et « à essayer de dégager des points de consensus ».

Le timing – en pleine pandémie liée à la Covid-19 – est propice. « La lutte contre les épidémies a fondé historiquement la santé publique. La question de l’avenir de la santé publique peut donc être reposée à l’occasion de cette nouvelle crise », juge Franck Chauvin.

Privilégier les instances de démocratie sanitaire

Du point de vue de la méthode, Emmanuel Rush plaide non pas pour « une succession de bilatéralismes » mais pour un « cadre multilatéral » au sein des « instances de démocratie en santé« , à l’échelle des départements (via les conseils territoriaux de santé), des régions (à travers les conférences régionales de santé et de l’autonomie ou CRSA) ainsi qu’à l’échelle nationale (au sein de la CNSA).

« Utilisons les outils dont nous disposons », clame-t-il, faisant référence à ces « petits parlements dans le champ de la santé qui réunissent tous les acteurs du système de santé, des usagers aux professionnels de santé, en passant par les élus » que « nous avons progressivement mis en place et qui sont les lieux idoines pour travailler ce Ségur de la santé et ce Ségur de la santé publique ». Les associations d’usagers abondent dans son sens : le 24 juillet, dès la fin du Ségur, France Assos Santé scandait « un Ségur de la santé publique : OUI, mais avec tous les acteurs de la promotion de la santé ! »

De même, de nombreux dispositifs locaux se développent, tels que les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), les Contrats locaux de santé (CLS)… Ils « doivent être soutenus », assure Emmanuel Rush, afin de renforcer la territorialisation de notre système de santé. Celui-ci doit être « repositionné » au service des besoins de santé de la population, lesquels s’inscrivent dans un territoire particulier.

Renforcer la santé publique de territoire

Franck Chauvin confirme : ce nouveau Ségur, prévu pour le printemps 2021, doit être l’occasion d’une réflexion sur la « santé publique de territoire« . Bref, de « s’appuyer sur les forces présentes dans les territoires » et de ne pas oublier d’inclure les collectivités, dont les municipalités.

Paradoxalement « notre faiblesse n’est pas l’hôpital, qui résiste bien face à la crise » actuelle liée à la Covid-19estime Franck Chauvin. Pour autant, il est d’avis que la prévention dans les établissements de soins et la responsabilité populationnelle de ces derniers doivent être renforcées.

L’enjeu global est clair : diminuer le nombre de patients dans notre pays. Il y a, pour Franck Chauvin, un « enjeu majeur » pour la soutenabilité de notre système de santé et la santé des Français : celui d’« augmenter dans les dix ans qui viennent l’espérance de vie sans incapacité et sans maladie de cinq ou dix ans ».

Cela implique, en termes de pilotage, une « approche interministérielle » (Santé, Education nationale, Enseignement supérieur…) pour améliorer la santé de la population… et sa culture en santé publique. « Cela ne sert à rien de changer de système si on ne change pas la culture en santé publique dans notre pays ».

Emmanuel Rush en convient, « il y a une culture de la santé publique globalement pauvre » dans l’Hexagone. Il y a donc, selon lui, « des actions à mener tout au long du système éducatif français, du plus jeune âge aux âges plus avancés ». Par ailleurs, « l’approche de la santé doit également être systémique : santé animale et santé humaine doivent être appréhendées de façon globale », dans la droite ligne du concept « One health« . On y arrive…

 

Les Contrepoints de la Santé sont des petits-déjeuners-débats mensuels co-organisés par les journalistes Pascal Maurel (Ortus), Philippe Leduc (LDC Santé) et Renaud Degas (La Veille des acteurs de la Santé, Presse Infos +), avec l’aide de Françoise Millet (Ortus) et Nathalie Ratel (La Veille des acteurs de la Santé, Presse Infos +). Tous les mois, des personnalités de premier plan débattent ainsi des sujets qui font l’actualité de la santé !

Nous sommes partenaires média de ces débats, aux côtés de BVA Santé, Canon Médical, Carte blanche, Groupe Pasteur Mutualité, MSD, Point Vision et Qare.

 

(Re)voir les précédents Contrepoints de la Santé

1 commentaire sur “Santé publique : « il faut s’appuyer sur les forces présentes dans les territoires »”

  1. Faramineux ! Il fallait y penser. Ce n’est pas un médecin mais un comptable qui a dit : « il faut diminuer le nombre de patients dans notre pays ». Quelqu’un avait déjà dit cela…
    La prévention, c’est très bien, mais cela ne saurait justifier qu’on continue à diminuer le nombre de lits d’hôpital car, quoi que vous fassiez, il y aura toujours des personnes qui auront besoin de soins.
    On en est arrivés au point que les résidents des Ehpad n’ont plus accès aux soins hospitaliers et qu’on les bourre de Rivotril ; en effet, c’est peu coûteux. La France a réussi – dans un pays ruiné par la guerre – à mettre en place un ambitieux système de santé pour tous et vous ne cessez de le détruire.
    Au nom de quoi le détruisez-vous : au nom d’économies. Mais, à chaque fois que les entreprises doivent produire davantage de profit pour leurs actionnaires, on choisit de diminuer les cotisations destinées au fonctionnement de la Sécurité Sociale.
    En fait, la vraie question est celle-ci : que juge-t’on important ? Les bénéfices de quelques-uns ou la santé de tous ?
    En tant que médecins, plutôt que de dire des inepties, vous devriez vous poser la question du serment d’Hippocrate : ne suis-je pas en train de nuire aux plus modestes de ce pays ? Ils sont nombreux, cher docteur, à gagner moins que vous…

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