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Les Contrepoints de la Santé - 3 mars 2020

Élections municipales 2020 : les maires investissent la santé

Les élections municipales 2020, sauf report suite à des conséquences virales, auront lieu les 15 et 22 mars prochains et les campagnes vont bon train. Mais alors que la santé est plus que jamais la préoccupation première des Français, quelles réponses les maires peuvent-ils apporter aux interrogations et angoisses dans l’air du temps ? Christophe Bouillon, Président de l’association des petites villes de France et député de Seine-Maritime, Bernard Jomier, sénateur et Conseiller de Paris en charge de la santé et du handicap, ainsi que Frédéric Valletoux, maire de Fontainebleau et Président de la Fédération hospitalière de France (FHF), se sont retrouvés le 28 février dernier à l’occasion des Contrepoints de la Santé pour discuter des possibilités et limites des élus locaux.


Un évènement en partenariat avec :


La vidéo intégrale du débat :


 

Officiellement, les maires n’ont que peu de prérogatives en matière de santé, si ce n’est en matière d’hygiène et de salubrité publiques. Pour autant, ils sont nombreux à s’emparer de ce sujet, qui figure parmi les principales préoccupations de leurs administrés.

La santé, priorité des municipales 2020

« Les élus locaux sont de plus en plus interpellés sur les enjeux de santé », reconnaît Frédéric Valletoux, maire de Fontainebleau et président de la Fédération hospitalière de France (FHF), lors des Contrepoints de la Santé du 28 février, dont la Veille des Acteurs de la Santé est partenaire presse. Et, de fait, ils interviennent à plusieurs niveaux… « Les maires mettent en œuvre des politiques publiques en matière d’urbanisme, de logement, de sport ou encore d’éducation à la santé », rappelle Bernard Jomier, sénateur et adjoint à la maire de Paris en charge de la santé et du handicap.

Et les actions – comme les promesses dans les programmes électoraux des candidats aux municipales de 2020 – sont nombreuses : financement de programmes « sport-santé », création de pistes cyclables pour participer à la lutte contre la pollution atmosphérique, labellisation d’espaces sans tabac dans les parcs et jardins publics fréquentés par les enfants, augmentation de la nourriture bio dans les cantines scolaires…

Le rôle clé des maires en santé

Autres rôles des maires : iIs signent des contrats locaux de santé (CLS) et « créent du lien entre les acteurs sur leur territoire », note Bernard Jomier. Un « plus » à l’heure où la coordination des acteurs sanitaires, médico-sociaux et sociaux pêchent encore.

Face à l’essor des déserts médicaux, ils n’hésitent pas à retrousser leurs manches pour « attirer » et faciliter l’installation de nouveaux praticiens. « Cela fait quelques années que les associations d’élus se sont emparées de ces enjeux d’accès aux soins même s’ils n’ont pas beaucoup de compétences sur ces sujets », pointe Frédéric Valletoux, tout en précisant qu’il y a « beaucoup d’initiatives en sur le terrain ».

Les maires font ainsi de leur mieux pour « renforcer l’attractivité de leur territoire en créant des cadres agréables, en augmentant la qualité des services », détaille Christophe Bouillon, député et président des associations des petites villes de France. Car « si on a des déserts médicaux, c’est aussi parce qu’on a des déserts tout court ».

Ils participent également au financement de maisons de santé, aident au logement des internes, proposent aux professionnels de santé des bourses d’installation… « En dix ans, les collectivités locales ont investi presque 1 milliard d’euros pour enrayer le phénomène de désertification médicale », chiffre M. Bouillon.

Liens avec la ville et l’hôpital

Certaines villes se sont également rapprochées des hôpitaux et facultés de médecine les plus proches pour créer sur leur territoire des « maisons de santé universitaires », par exemple. C’est le cas de Fontainebleau, il y a cinq ans. Depuis, « deux internes en médecine générale ayant fait leur stage dans cette structure se sont installés dans la ville ou à proximité », se félicite le maire.

D’autres contactent également les Ordres, les Unions régionales de professionnels de santé (URPS), les syndicats de praticiens… mais « toucher la médecine libérale » et les professionnels de ville restent encore peu aisé, de l’avis de Frédéric Valletoux. « Avec la création des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), il y a aura peut-être un interlocuteur pour faciliter l’organisation et la coordination des parcours de prise en charge » localement, espère-t-il.

Les relations entre maires et professionnels de santé, sur le terrain, restent néanmoins « plutôt bonnes », se félicite Christophe Bouillon, évoquant « des rapports humains simples qui sont ceux de la proximité ».

Pallier le coût du foncier dans les grandes villes

Dans les grandes villes, c’est le coût du foncier qui, parfois, rebute les praticiens, rapporte Bernard Jomier. Pour y remédier, la mairie de Paris a mis en place, en 2016, le dispositif Paris Med’ en partenariat avec l’ARS et la Région d’Ile-de-France, l’Assurance maladie, l’Ordre des médecins et la Fédération française des maisons et pôles de santé. L’enjeu : proposer aux professionnels de santé des locaux pluri-professionnels à des tarifs abordables et ce, dans des quartiers identifiés comme prioritaires.

Une « carte Pro soins à domicile » a également été mise à la disposition de ceux qui se déplacent fréquemment au domicile de leurs patients. Elle leur permet « de stationner gratuitement sur le domaine public de voirie et sur l’intégralité des places de stationnement payantes de la capitale », vante la mairie.

Clarifier les compétences « santé » des maires 

Les maires doivent « être autour de la table », « apporter la connaissance du territoire » qui est la leur, « être partie prenante des diagnostics partagés », « apporter des outils », estime Christophe Bouillon. Néanmoins, ils ne peuvent pas tout faire, en encore moins tout seuls. D’ailleurs, « les citoyens voient bien que les collectivités font ce qu’elles peuvent pour répondre à leurs préoccupations en santé et que la résolution des problèmes d’accès aux soins ou d’engorgement des urgences sont entre les mains d’autres acteurs », pointe Bernard Jomier.

Les participants des Contrepoints de la Santé ont donc appelé à clarifier les compétences des villes, à clarifier ce qu’on attend de ces dernières, voire à adapter la répartition des compétences entre les acteurs à l’heure où les enjeux de santé évoluent (vieillissement de la population et hausse du nombre de maladies chroniques, virage ambulatoire…). L’idée de réintroduire les élus locaux dans la gouvernance des hôpitaux a également été évoquée.

 

Un rôle-clé en cas de crise comme celle du coronavirus Covid-19

En cas de crise, comme celle du coronavirus Covid-19, les maires ne restent pas les bras croisés. « Ils relaient le numéro vert, rappellent les consignes de prévention, aident à ce que la détection des cas contacts se fasse dans de bonnes conditions… », évoque Bernard Jomier. Ils veillent aussi à relayer les bonnes informations pour lutter contre les fake news, récurrentes sur les réseaux sociaux.

Enfin, les maires des communes touchées participent à des réunions régulières pour faire le point.« À Paris, tous les jours, une cellule de crise se réunit avec la préfecture de police, l’ARS, l’AP-HP et la mairie pour faire un point sur la situation épidémiologique et prendre les décisions qui s’imposent », poursuit l’élu parisien.

 

*Débat organisé et animé par Philippe Leduc (LDC Santé), Pascal Maurel (Ortus) et Renaud Degas (La Veille des acteurs de la Santé – Presse Infos +) à l’hôtel Millenium Paris Opéra.

En partenariat avec Le Groupe Pasteur Mutualité, Groupe Point Vision, Carte blanche, Canon Medical, Qare et BVA.


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