Tribunes & Focus

Les Focus - 27 novembre 2020

« La formation et la santé des étudiants en santé ne doivent pas être sacrifiées »

Dans un contexte de réforme des études médicales et de seconde vague de Covid-19, les fédérations d’étudiants en santé (ANEPF, ANEMF, ANESF, FNEK, UNECD, FNESI), d’internes (ISNI, ISNAR-IMG) ainsi que la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) ont lancé, le 16 novembre, une grande campagne sur la santé mentale des futurs professionnels de santé. Elle s’est distinguée sur les réseaux sociaux avec le hashtag #PronosticMentalEngagé ainsi qu’une vidéo qui cumule déjà plus de 16 000 vues. Entretien avec Alexandre Vigne, président de l’Union nationale des étudiants en chirurgie dentaire.

Quel est l’enjeu de cette campagne ?

Alexandre Vigne : Cette campagne, intitulée « Mes Études, Votre Santé », est partie d’un constat, ou plutôt d’un ras-le-bol : cela fait plusieurs mois voire années que nous discutons et travaillons avec les autorités de santé – ministère et agences régionales de santé – ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur, les universités et les instituts de formations sur la question de la santé mentale des étudiants, en vain.

À cela s’ajoute la réforme du premier cycle des études médicales qui, somme toute, se résume à une réforme de la première année communes aux études de santé (Paces) uniquement. L’enjeu était de mettre fin aux modalités d’examens obsolètes, aux échecs à répétition, au stress des étudiants et, finalement, au “gâchis humain“. A la présentation du projet, l’UNECD y était favorable.

Or, trois mois après l’entrée en vigueur officielle des voies d’accès PASS et L.AS, la réforme de l’entrée dans les études de santé (REES) reste floue à tous les niveaux avec un manque cruel de communication de la part des facultés, des universités et des instances gouvernementales. Les étudiants sont dans l’incertitude concernant les modalités de contrôle des connaissances, le tout dans un contexte de crise sanitaire, qui ne fait qu’aggraver leur anxiété

La santé des étudiants, futurs soignants, est importante pour eux, pour nous, pour tous. C’est pourquoi nous avons lancé cette campagne de communication sur les réseaux sociaux, avec la création, notamment, du hashtag #PronosticMentalEngagé. Elle s’étalera sur trois semaines. 

Nous avons également synthétisé, dans un rapport dévoilé ce mois-ci, nos constats et nos propositions vis-à-vis de la REES, et rédigé une lettre ouverte pour interpeller le grand public. Nos efforts commencent à porter leurs fruits : nous avons été reçus, ce jeudi, par Olivier Véran lors d’une entrevue dématérialisée.

 

Quel a été l’impact de la Covid-19 sur la santé mentale et la formation des étudiants en santé ?

A.V. : Lors de la première vague de la Covid-19 au printemps 2020, 65,3 % des étudiants en santé ont été mobilisés et plus de 50 % d’entre eux ont présenté un score significatif sur l’échelle de détresse psychologique, selon le Centre national d’appui à la qualité de vie des étudiants.

Les raisons sont nombreuses : la préoccupation liée à la validation de leur formation, perturbée par la pandémie ; la fatigue générée par l’intégration d’un service déjà en tension ; le manque de protections pour faire face au coronavirus ; la peur de prodiguer de mauvais soins aux patients par manque de formation et d’encadrement. Et, bien sûr, la perturbation de l’organisation de leurs études et leur mobilisation massive a exacerbé leur crainte de devenir de moins bons professionnels de santé. 

C’est toujours le cas, à l’heure actuelle, pour les étudiants infirmiers, par exemple : les deuxième année voient leur formation suspendue jusqu’en janvier prochain pour qu’ils puissent renforcer les effectifs des équipes hospitalières. C’est moins le cas pour les étudiants en odontologie, en revanche. Nos cours sont maintenus, en présentiel pour les travaux pratiques, en distanciel pour les cours magistraux. Notre message est le suivant : si nous devons nous mobiliser, comme durant la première vague, nous le ferons bien sûr, mais notre formation, comme notre santé, ne doivent pas être sacrifiées.

 

L’UNECD a réalisé, en 2018, une étude sur le bien-être des étudiants en odontologie. Quels en étaient les principaux enseignements ?

A.V. : Il s’agissait d’une enquête en ligne, à laquelle 44,63 % des étudiants en odontologie ont répondu, soit 3 146 d’entre eux. Nous leur avions notamment demandé quel était, selon eux, le mot qui qualifiait le mieux leur état d’esprit et le stress était arrivé en première position. Plus des trois quarts d’entre eux avouaient être « souvent » ou « très souvent » stressés.

De plus, seulement 26,1% des répondants déclaraient n’avoir jamais pleuré à cause de leurs études. Enfin, 14,88 % affirmaient avoir déjà dû consulter un professionnel de la santé mentale. C’est un sujet qui nous tient à cœur et nous renouvellerons cette enquête en 2021.

 

Pour aller plus loin :

Lire la tribune parue le 26 novembre 2020 dans Libération, signée la Fage, fédération des associations générales étudiantes, de l’ANEMF, association nationale des étudiants en médecine de France, de l’ANEPF, association générale des étudiants en pharmacie de France, de l’ANESF, association nationale des étudiants sages-femmes, de la FNEK, fédération nationale des étudiants en kinésithérapie, de la FNESI, fédération nationale des étudiants en soins infirmiers, de l’ISNAR-IMG, intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale et de l’UNECD, union nationale des étudiants en chirurgie dentaire, avec le soutien de la FNSIP-BM, fédération nationale des syndicats d’internes en pharmacie et en biologie médicale.

 

Les revendications des étudiants en santé :

o Suppression du vademecum et production de règles juridiquement contraignantes concernant la mobilisation des étudiants en santé, à destination de l’ensemble des acteurs locaux.

o Une application de la législation sur les conditions de travail (temps de travail, rémunération…) Lorsque l’étudiant est amené à occuper des fonctions différentes de sa formation initiale, il devra y être formé et encadré et sa rémunération sera calquée sur sa nouvelle fonction ;

o L’application de l’arrêté du 28 mars 2020 portant sur la réquisition des professionnels de santé ;

o La prise en compte et la reconnaissance de l’engagement de tous les étudiants en santé de manière équivalente ;

o Une maquette pédagogique initiale respectée : un seul et même lieu de stage pour l’année universitaire 2020-2021 n’est pas envisageable pour une acquisition complète des compétences ;

o Une continuité pédagogique assurée, en accordant davantage de moyens humains, financiers et matériels à la formation des étudiants ;

o Un encadrement auprès des étudiants sur des actes et missions spécifiques en stage de façon systématique par l’ensemble des acteurs ;

o Un suivi des étudiants, tant sur le plan physique que psychique, assuré au sein des cellules de crise Covid dans lesquelles les organisations représentatives des étudiants en santé seront systématiquement intégrés, et coordonné par les ARS ;

o Une mise à disposition et une accessibilité facilitée sur l’ensemble du territoire, et ce quel que soit leur lieu de formation, des Équipements de protection individuelle (EPI) pour tous les étudiants ;

o Intégration systématique des étudiants en santé aux cellules de crise Covid territoriales (ARS, doyen, DAM, CHU/CH) et à celles des établissements de santé, conformément aux promesses publiques du Ministre le 27 octobre 2020 ;

o En cas d’impossibilité d’échanges constructifs au local, la mise en place de leviers de recours passant par des extractions de stage des étudiants, voire des sanctions des lieux de stage en cas de non-respect constaté des textes.

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