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Les Tribunes - 4 juin 2021

Épidémie : la révolution numérique prônée par le Sénat (Tribune)

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Tribune rédigée par Philippe Leduc, initialement publiée sur le blog du Think Tank Economie Santé.

Ce que propose la Délégation à la prospective du Sénat dans un rapport rendu public la semaine prochaine* va susciter de vifs débats. Et c’est tant mieux. Le jeu en vaut la chandelle. Pour mieux prévenir et gérer les épidémies, la Haute Assemblée propose une boîte à outils numérique pour le moins drastique, voire attentatoire aux libertés de certains pour préserver celle du plus grand nombre.

Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.
Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.

Partant du constat que les pays qui ont le plus utilisé les outils numériques sont aussi ceux qui ont compté le moins de morts, la Délégation sénatoriale à la prospective note que « plus les outils sont intrusifs plus ils sont efficaces » et elle enfonce le clou : « plus les technologies sont intrusives, plus elles peuvent être ciblées, individualisées et limitées dans le temps ».

Tout en prônant une proportionnalité de la réponse, il ne serait pas exclu que dans les cas extrêmes, « toute violation de quarantaine pourrait conduire à une information en temps réel des forces de l’ordre, une désactivation du titre de transport ou des moyens de paiement du contrevenant ou encore à une amende prélevée automatiquement ». « Libres et égaux mais confinés », ironisent les sénateurs.

Un manque d’interconnexion des fichiers de gestion de crise

En soulignant que « les choses ont beaucoup changé en France, et dans le bon sens », les auteurs déplorent également que les différents fichiers utilisés dans la gestion de la pandémie Covid-19 ne soient pas interconnectés, ce qui freine l’efficacité de leur utilisation.

La profonde défiance des Français à l’égard du numérique dès que cela implique l’État et les pouvoirs publics (« État policier », « fichage ») est de même une entrave alors que ce n’est pas le cas avec les opérateurs privés alerte la Chambre haute. Faut-il opposer les « libertés numériques » aux « libertés physiques » ? La CNIL n’échappe pas aux reproches, elle interpréterait de façon trop « conservatrice » le RGPD.

La solution : mettre en place une « plateforme sécurisée spécifique » qui serait activée en partie ou en totalité qu’en cas de crise. Elle centraliserait les données utiles, issues de certaines entreprises ou administrations (soumises à une obligation légale) avant de les redistribuer aux acteurs qui en ont besoin pour remplir leurs missions : hôpitaux, sécurité civile, forces de l’ordre, collectivités territoriales, transports publics, prestataires, etc.

Big Brother ?

*Délégation à la prospective du Sénat. Président : Mathieu Darnaud. « Le recours aux outils numériques dans la prévention et la gestion des épidémies » Rapporteurs : Véronique Guillotin, Christine Lavarde et René-Paul Savary

Lire la tribune sur le blog du Think Tank Economie Santé

 


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