Nouvellement nommé à la Direction générale du Trésor, Florian Bon, 35 ans, a auparavant exercé trois ans à la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). En tant que chef du bureau « Accès territorial aux soins », il avait pour mission de mener, avec son équipe, des actions concrètes pour lutter contre les déserts médicaux et leurs conséquences sur l’accès aux soins. Portrait
Par Laure Martin, journaliste de l’agence de presse Pi+
Après avoir effectué une classe préparatoire HEC et intégré l’Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP) en 2011, où il s’est spécialisé en finances et en économie, « le choix du secteur public s’est imposé rapidement », confie Florian Bon. Notamment à la suite de différents stages, dont l’un au sein du service diplomatique du fournisseur d’énergie Engie, « une première expérience publique qui m’a plu », reconnaît-il. Il poursuit ses études avec un master à Sciences Po Paris, car « à l’époque, je pensais soit intégrer le ministère des Finances, soit effectuer un doctorat en économie », se souvient-il. Pendant ce cursus, il réalise un stage à la Cour des comptes, où trois Sages, le convainquent de rejoindre le service public. « Ils m’ont montré une forme d’incarnation des missions des hauts fonctionnaires, qui m’a séduit », raconte-t-il. Fort de cette expérience, il rejoint en 2016 le Bureau de la « synthèse des prélèvements obligatoires et de la fiscalité des entreprises » à la Direction générale du Trésor (DGT), afin de conseiller le gouvernement sur les questions de politique publique et réaliser les prévisions de finances publiques qui sous-tendent les projets de loi de finances.
Devenir Haut fonctionnaire
Pendant cette mission au sein de la DGT, il réfléchit à passer le concours de l’Ecole nationale d’administration (ENA) afin de pouvoir exercer des fonctions à un plus haut niveau. Il s’y prépare au sein de l’école préparatoire interne du ministère des Finances et réussit le concours en 2021. « Très rapidement après la rentrée, nous avons été projetés dans des fonctions opérationnelles en étant envoyés en stage », souligne-t-il. Il effectue le premier à la représentation permanente de la France auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris. Puis, le second, au Haut-commissariat de la République en Polynésie française ; « un territoire grand comme l’Europe, où les enjeux de santé publique sont importants avec une faible densité de médecins, un taux d’obésité particulièrement élevé et le sujet des essais nucléaires et de leurs conséquences, particulièrement sensible pour la population, rapporte-t-il. En raison de sa situation sanitaire complexe, ce territoire est également source d’innovations sur le plan de la santé. »
Un premier pas au cabinet de la DG de la DGOS
A la suite de sa formation, Florian Bon décide en 2023 de rejoindre la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) au sein du ministère de la Santé. « J’ai d’abord exercé auprès de la directrice générale, Marie Daudé, sur des missions transverses », explique-t-il. Parmi elles : la préparation sanitaire des Jeux olympiques avec la nécessité de répondre aux exigences du Comité international olympique, « ce qui n’était pas toujours simple en période estivale puisque nous avions déjà des tensions nationales à gérer au niveau des urgences », reconnaît-il. Il est également amené à travailler sur la lutte contre les violences faites aux soignants et sur la santé des soignants, notamment sur les questions de burn out et d’épuisement professionnel, « qui ont des incidences sur l’accès aux soins », rappelle-t-il. Ces problématiques interrogent nécessairement l’attractivité des métiers de la santé, le quota de professionnels de santé formés et la démographie médicale.
Chef du bureau « Accès territorial aux soins »
Si Florian Bon intègre la DGOS, c’est aussi parce que sa mission est de constituer un nouveau bureau dédié à l’accès territorial aux soins et à la lutte contre les déserts médicaux. Mission à laquelle il s’attèle six mois après son arrivée au ministère de la Santé. « Jusqu’à la mise en place de cette entité, cette thématique était traitée de manière plus disparate, indique-t-il. En créant ce bureau, l’objectif a été de proposer un service davantage piloté. J’ai donc voulu relever ce défi portant sur cette thématique prioritaire pour les Français, afin d’apporter ma pierre à l’édifice. »
Au cours de ces trois années, parmi les sujets traités au sein de ce bureau composé de sept agents : la liberté d’installation des médecins dans un contexte où deux textes de loi (proposition de loi Garot et proposition de loi Mouiller) étaient en débat au sein de la représentation nationale. « Notre mission a consisté à élaborer une doctrine gouvernementale pour répondre à cette problématique d’accès aux soins sur notre territoire et ce, sans levier démographique direct, explique-t-il. Aujourd’hui nous ne pouvons pas vraiment mener une action immédiate sur le nombre de médecins formés, nous devons donc élaborer une série de mesures pour permettre aux praticiens de retrouver du temps médical. »
Des sources d’inspiration
Ce qui impose d’agir sur l’ensemble des professions de santé, en s’inspirant des initiatives qui font leur preuve comme au sein de la filière visuelle, avec des délégations de compétences entre les ophtalmologues et les orthoptistes, par exemple. Ou encore avec l’évolution des compétences des pharmaciens, « devenus de véritables acteurs de santé de proximité, bien identifiés par les patients », soutient Florian Bon. Parmi les autres travaux menés par ce bureau : l’élaboration du récent pacte pour l’avenir de la biologie médicale de juillet 2026, celui sur les déserts médicaux d’avril 2025, le déploiement des médico-bus, la mise en œuvre des conclusions des assises de la télémédecine (janvier 2026) ou encore des recommandations en lien avec la financiarisation de l’offre de soins.
Pour l’élaboration des différentes mesures, les sources d’inspiration et de réflexion des agents du bureau sont nombreuses. Outre leurs propres idées, ils s’appuient sur les innovations portées par les professionnels de santé de terrain et par les associations, les orientations gouvernementales, les rapports institutionnels ou encore les priorités fixées par le décideur. « Le respect du pacte républicain et social est fondamental et nous nous devons de trouver des solutions pour répondre aux besoins de la population en réinventant les organisations », assure Florian Bon.
La satisfaction des résultats concrets
« Nous avons accompli de nombreux chantiers devenus opérationnels ces trois dernières années, et nous avons l’avantage de pouvoir observer les résultats concrets de nos mesures », ajoute-t-il avant de poursuivre : « Ce qui a été utile, c’est que mon expérience préalable dans le secteur de la santé était limitée. J’ai pu apporter un regard nouveau et un décentrement sur les questions de santé. Cette mission m’a permis de découvrir de nouveaux sujets à la frontière des évolutions techniques et organisationnelles, qui peuvent permettre de répondre à la demande d’un meilleur accès aux soins dans les territoires, et d’effectuer des économies sur les finances sociales. » C’est désormais un retour à la DGT que Florian Bon opère depuis la rentrée en tant que chef du bureau sur les questions de finances publiques. L’occasion de s’atteler désormais à la fiscalité liée à l’héritage et au patrimoine, alors même qu’il envisage davantage son avenir professionnel au sein de cette direction, en travaillant sur des sujets de politique économique.
Portraits déjà parus
• Dr Kevin Yauy — Médecin généticien clinicien et biologiste, chef de clinique universitaire et directeur du laboratoire d’IA générative en santé, ERIOS – juillet 2026
• Marguerite Cazeneuve – Ex-directrice générale déléguée de la Caisse nationale d’assurance maladie, aujourd’hui coordinatrice du programme d’un candidat à la présidentielle – juin 2026
• Florence Arnoux-Liogier – Directrice d’hôpital, déléguée Fédération hospitalière de France (FHF) Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) – novembre 2025
