Directrice d’hôpital de formation, Florence Arnoux-Liogier a débuté en région parisienne avant de rejoindre l’Assistance-Publique Hôpitaux de Marseille où elle a été notamment directrice de la stratégie puis du contrôle de gestion. Elle a ensuite dirigé deux établissements de santé avant de prendre, en 2020, la direction régionale de la Fédération hospitalière de France (FHF) Provence-Alpes-Côte d’Azur. Son parcours, jalonné de formations de haut niveau – Hôpital +, Cycle Supérieur du Développement Durable, Cycle des Hautes Etudes du Service Public, Executive master polytechnique-, témoigne d’une constante : la volonté de conjuguer l’expérience de terrain et la vision prospective pour transformer le service public de santé. Une démarche qu’elle prolonge aujourd’hui avec les membres du Think tank « Penser Public », dont elle vient de prendre la présidence. Portrait
Par Renaud Degas avec Maellie Vezien
Très tôt, Florence Arnoux-Liogier a voulu être directrice d’hôpital. Un choix confirmé et consolidé en 3ème cycle de droit, grâce à la rencontre d’un directeur d’hôpital passionné qui lui a transmis la conscience et la diversité de ce métier, à la fois humain, stratégique et profondément politique. Cette vocation prend tout son sens pour elle dans les 2 derniers établissements de santé où elle a exercé et où elle a vécu un tournant décisif de sa carrière.
« Dans le premier établissement, j’étais missionnée pour un intérim de trois mois, afin d’établir un diagnostic et de proposer un projet de redressement, explique Florence Arnoux‑Liogier. Mes recommandations allaient davantage vers un repositionnement territorial que vers un simple plan financier. Cette approche a convaincu le directeur général de l’ARS, qui m’a demandé de rester pour en piloter la mise en œuvre. 18 mois plus tard je rejoignais l’établissement voisin avec la mission de créer une direction commune entre les deux structures— un projet ambitieux conduit pendant un an et demi, mais qui n’a finalement pas pu aboutir, tant les oppositions locales étaient profondes et ancrées dans l’histoire des structures. »
Ce passage a été fondateur. « J’ai découvert un paysage marqué par des rivalités anciennes et des craintes de perte d’identité. J’ai appris que pour transformer, il faut comprendre chaque acteur, ses contraintes, ses représentations et ses leviers. Une stratégie ne vaut que si elle est comprise et portée collectivement. L’expérience du terrain m’a convaincu que pour mener efficacement les transformations dont l’Etat et les établissements publics ont besoin, on ne peut pas faire l’économie d’une réinvention des relations entre les diverses parties prenantes.
De cette expérience, elle garde une conviction : la transformation publique doit partir du terrain et non de la technostructure, la réinvention ne doit pas s’opérer loin des préoccupations de «la base », des citoyens, des usagers sous peine de céder à des réflexes corporatistes.
Fédérer, innover, expérimenter
Lorsqu’elle rejoint la Fédération hospitalière de France Provence-Alpes-Côte d’Azur, en 2020, Florence Arnoux-Liogier découvre un rôle qui lui permet de prendre de la hauteur tout en restant connectée au terrain. Elle y représente 130 établissements publics de santé et médico-sociaux, répartis sur un territoire contrasté où cohabitent grandes métropoles et zones rurales isolées.
« La crise sanitaire a révélé une institution hospitalière prête à se réinventer. Rejoindre la FHF c’était pour moi une manière d’accompagner cette mutation à une échelle stratégique et politique, en m’attaquant à trois défis majeurs : simplification, reconfiguration territoriale intelligente, synergie publique-privée. Ces défis ne peuvent être relevés sans une intense collaboration des trois fonctions publiques. Être déléguée régionale de la FHF, c’est un poste que l’on peut façonner selon sa vision. Bien sûr, il s’agit de défendre les établissements adhérents, mais ma mission dépasse largement cette dimension. Pour moi, l’essentiel est ailleurs : fédérer, innover, expérimenter. La Fédération doit être un lieu d’anticipation, d’écoute et de décloisonnement. Concrètement, cela signifie créer les conditions d’un débat ouvert entre directeurs d’hôpitaux, professionnels de santé, élus et usagers, afin de faire émerger des solutions communes au service du renforcement du service public de santé. Cela suppose aussi, parfois, de sortir d’une logique strictement publique : dialoguer avec le privé, identifier des complémentarités, éclairer les enjeux partagés. Je ne suis pas là pour défendre une corporation, mais pour porter une vision partagée du service public.»
L’hybridation des parcours rend l’action publique plus inventive
Dans ses fonctions, Florence Arnoux-Liogier porte un regard attentif sur les jeunes élèves directeurs et directrices qu’elle accueille régulièrement en stage. « Contrairement à ce qu’on entend souvent, les jeunes générations sont très engagées. Elles connaissent les contraintes du métier, mais elles veulent agir, expérimenter, comprendre. Ils incarnent fièrement le service public et nourrissent une réelle envie d’utilité. Je les invite souvent à cultiver la curiosité et l’ouverture, d’alterner les environnements, d’avoir un pied dedans et un pied dehors. L’hybridation des parcours rend l’action publique plus inventive et plus connectée aux réalités. »
Ce qui la frappe surtout, c’est leur sensibilité particulière aux grands enjeux de société. « On ne peut pas accompagner les transformations sans penser les transitions – écologiques, numériques, sociales. Les jeunes générations l’ont pleinement intégré. Elles savent que l’hôpital dispose de leviers considérables : premier employeur d’un territoire, acteur économique majeur, il peut aussi être exemplaire sur le plan environnemental. Soigner, c’est bien ; soigner sans polluer, c’est encore mieux. Nous devons assumer cette responsabilité populationnelle »
Penser et agir avec Penser Public
Élue présidente du think tank Penser Public au printemps 2025, elle prolonge cette logique d’ouverture et d’action. « Ce n’est pas un think tank, mais plutôt un think and do tank. Nous faisons dialoguer des hauts fonctionnaires issus de tous les secteurs de l’action publique, des élus, des chercheurs, mais aussi des acteurs de la société civile – pas seulement pour réfléchir, mais pour agir. Nous voulons donner de la visibilité aux nouvelles générations, qui incarnent un État et des institutions publiques plus agiles et plus proches, valoriser la diversité de leurs parcours. La question de la confiance est centrale : il nous faut retisser les liens entre institutions et citoyens, et cela ne pourra se faire qu’au plus près des territoires, là où la parole publique se vit concrètement. »
La Veille s’engage aux côtés
de Penser PublicPenser Public et La Veille des acteurs de santé viennent de conclure un partenariat. Objectif : identifier et donner de la visibilité aux leaders public du secteur de santé de demain. Penser Public repère ces jeunes leaders parmi le vivier des acteurs de santé publique. La Veille des acteurs de santé en dresse le portrait et les interroge sur la vision de leur rôle, ainsi que sur les enjeux qu’ils souhaitent porter.
Lire aussi notre interview de Florence Arnoux-Liogier : « Pour la jeune génération de leaders publics en santé, décloisonner n’est pas une option, c’est un réflexe »