Points de vue

Les tribunes - 12 janvier 2023

La révolution des Coalitions territoriales de santé (Tribune)

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Tribune rédigée par Philippe Leduc, médecin et journaliste santé, initialement publiée sur le site Les Echos-Le Parisien.

Le Président de la République a présenté trois axes de réforme le 6 janvier dernier au Centre hospitalier Sud Francilien. Le troisième axe – « la permanence et l’universalité des soins » – a été peu commenté alors qu’il représente le point le plus crucial, le plus novateur et aussi le plus ardu. C’est le plus volontariste et le plus engageant pour l’avenir. Il repose sur la création de Coalitions territoriales de santé. C’est une véritable révolution tant pour les professionnels que pour l’administration qui mérite une méthode appropriée tout aussi révolutionnaire.

 

Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.
Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.

Le premier axe développé par le Président de la République est somme toute classique : redonner du temps médical. En ville avec le développement des assistants médicaux. A l’hôpital, cela sera plus ardu mais l’intention est là : « nous basculerons des personnels administratifs, logistiques, techniques au plus près des services pour permettre aux soignants de se concentrer sur le cœur de leur métier » tout en instaurant un « système plus responsabilisant en sortie d’études » pour que les jeunes soignants ne partent pas « tout de suite en intérim et en remplacement. »

Le deuxième axe est désormais bien connu : « réorganiser les soins à l’hôpital pour retrouver une échelle humaine » avec davantage de « liberté et d’autonomie d’organisation … à l’échelle du service pour prendre les décisions du quotidien » avec « à la tête de nos hôpitaux un tandem administratif et médical ». L’idée est loin d’être nouvelle. Des rapports et des missions ont été engagés, des jalons tirés. Des propositions de lois sont prêtes. Tout cela bien sûr s’inscrit dans la « sortie de la tarification à l’activité dès le prochain PLFSS. »

Le troisième axe vise donc à « l’universalité des soins » Que cela signifie-t-il concrètement ? Cela passe, in fine, explique le Président par la création de « coalitions territoriales de santé » mais cette fois-ci non pas cloisonnées, d’un côté la ville et de l’autre l’hôpital, mais en impliquant tous les soignants quels que soient leur lieu d’exercice et leur statut. D’abord, a expliqué le Président de la République, l’objectif est de décloisonner la ville et l’hôpital avec des mesures qui peuvent créer la différence si les professionnels de santé y adhèrent. Car on en parle depuis des lustres sans progrès tangibles. Ces mesures reposent sur une « meilleure distribution des compétences et d’une répartition plus juste des obligations ».

Cette mutation doit se faire « de manière extrêmement coopérative et respectueuse de tous et toutes ». A l’hôpital, « il faut ouvrir le chantier sur la rémunération du travail de nuit et de la permanence ». En ville, « il faut responsabiliser et inciter à avoir une permanence des soins en rémunérant mieux les médecins qui s’y engagent ». « Il faut mettre les moyens au bon endroit ».

Le levier financier, ici et là, est clairement revendiqué pour décoincer le système. « Il faut mieux récompenser et mieux inciter toutes celles et ceux qui veulent travailler ensemble. »

 

Une solidarité collective

Sur chaque territoire « il s’agit de créer une solidarité collective. » Généralistes, spécialistes, pharmaciens, infirmiers et autres soignants doivent en ville comme à l’hôpital s’entendre dans le cadre d’un « réseau territorial » ou de « coalition de santé » pour répondre aux besoins des citoyens.

« On veut créer, martèle le Président, une solution de santé en incitant les acteurs de santé sur un territoire à coopérer entre eux. » « La délégation de tâches doit être simplifiée, généralisée et il ne faut pas qu’il y ait de conflits entre les professions. »

Pour le Président, « si cela se fait à l’échelle d’une coalition ou d’un réseau, ça va inciter tout le monde à coopérer, et on aura des paramédicaux qui seront en lien avec des médicaux » assure-t-il, en rappelant qu’il faudra des formations et des compétences. D’ici au 1er mars, le Ministre de la Santé avec les parties prenantes et les parlementaires les plus impliqués devra identifier toutes ces évolutions.

L’expression « coalition d’acteurs de territoires » revient à plusieurs reprises, comme étant la solution aux difficultés d’accès aux soins, aux déserts médicaux, et aussi pour favoriser la coordination et la coopération. Ces coalitions seront d’autant plus performantes que le Service d’accès aux soins (SAS) qui permet d’organiser via le 15 le lien entre la ville et l’hôpital pour les soins non programmés va être généralisé a plaidé l’hôte de l’Elysée.

 

L’argument du territoire

On perçoit bien l’intérêt d’une telle démarche même si elle parait encore quelque peu théorique et en fait en dépit de son évidence assez révolutionnaire tant les professions de santé sont habituées à travailler encore trop indépendamment les unes des autres. Il va falloir convaincre.

L’un des arguments qui peut changer la donne, c’est, en effet, celui du territoire où les professionnels et les parties prenantes se connaissent et ont une proximité de vue. Encore faudra-t-il leur donner les moyens et la souplesse et l’autonomie pour s’organiser. Les Agences régionales de santé, les CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé) et les GHT (groupements hospitaliers de territoire) avec les hôpitaux de proximité sans oublier les collectivités territoriales auront un rôle clé à jouer. A condition que l’Administration fasse, elle aussi, sa révolution.


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