Points de vue

Les tribunes - 8 décembre 2022

40 ans, le nouvel âge clé de la prévention (Tribune)

Tribune rédigée par Philippe Leduc, médecin et journaliste santé, initialement publiée sur le site Les Echos-Le Parisien.

La prévention n’arrivant décidément pas à décoller en France, l’initiative que vient de prendre Santé publique France attire l’attention. C’est à 40 ans que tout est encore possible pour adopter des comportements de santé favorables.

Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.
Dr Philippe Leduc, médecin, journaliste santé et auteur du blog Think Tank Economie santé, groupe Les Echos.

Il ne faut pas manquer ce cap. Les arguments ne manquent pas. De quoi donner un nouveau souffle aux pouvoirs publics qui semblent une fois de plus laisser de côté la prévention tant les crises accaparent toute leur énergie. Et pourtant là aussi il y a urgence.

La santé de la population française dès la mi-vie révèle de nombreux indicateurs préoccupants, en particulier chez les personnes au niveau socioéconomique peu élevé.

Les données rapportées concernant les Français de 45-54 ans par Santé publique France dans un rapport qui vient d’être publié sont impressionnantes :

-Un quart sont hypertendus, 50% sont non diagnostiqués. Chez les femmes la situation se dégrade

-Un Français sur dix d’environ la même tranche d’âge sont prédiabétiques

-Près d’un tiers des hommes et un quart des femmes fument tous les jours. Chez les femmes le tabagisme augment depuis les années 2 000.

-Un Français sur cinq boit trop d’alcool

-Les Françaises ont une augmentation du surpoids depuis 2006 de 21%

-Une femme sur deux et près d’un tiers des hommes ne font pas assez d’exercice physique

A partir d’une étude qualitative pour mieux comprendre les connaissances, les attitudes, les croyances et les comportements des adultes âgés entre 40 et 55 ans en France, Santé publique France en tire la conclusion que la confrontation aux premiers soucis de santé et des événements de la vie (séparation, départs des enfants, reconversion professionnelle, licenciement, etc.) incitent les 40-55 ans à s’interroger sur leur mode vie et c’est là qu’il faut enfoncer le clou. C’est dès 40 ans que la prévention de la perte d’autonomie fonctionnelle doit être engagée. Le développement d’une approche par âge de la vie en matière de surveillance et de prévention constitue une priorité pour Santé publique France

Les rendez-vous de prévention (à 20-25 ans, 40-45 ans et 60-65 ans) instaurés dans la Loi de financement de la Sécurité sociale qui vient d’être adoptée au Parlement sont donc une bonne nouvelle.

Mais faudrait-il encore que ces rendez-vous soient associés à des actions globales de prévention et à un programme de prévention digne de ce nom en associant toutes les possibilités du numérique, en particulier dans « Mon espace santé » développé par l’Assurance maladie. On en est hélas encore loin.

Un rendez-vous santé aux âges clé de la vie, c’est bien mais une implication dans la durée c’est mieux.

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