Face à la prolifération des fausses informations médicales, la communication en santé est devenue un enjeu de santé publique à part entière. Un constat dont le Festival de la Communication Santé s’est saisi bien avant la crise du Covid-19 et qui occupe une place importante dans sa 35e édition, les 26 et 27 novembre à Deauville. Pour Julie de Folleville, Présidente du festival, et Dominique Noël, Présidente d’Honneur, la lutte contre les infox impose aux communicants de repenser leur rôle et leurs responsabilités.
Par Renaud Degas, Directeur de l’agence de presse Pi+ et de La Veille Acteurs santé.
Une prise de conscience bien avant le Covid
« Nous n’avons jamais autant communiqué sur la santé, mais nous n’avons jamais autant douté de l’information. » Pour Julie de Folleville, ce paradoxe résume l’un des grands défis auxquels sont aujourd’hui confrontés les acteurs de la communication en santé. Car les conséquences de la désinformation dépassent largement la question de la confiance : une fausse information peut retarder un diagnostic, détourner un patient de son traitement ou compromettre une politique de prévention.
Le Festival de la Communication Santé n’a pas attendu la pandémie de Covid-19 pour s’emparer du sujet. Dominique Noël rappelle avoir invité, plusieurs années auparavant, Sylvie Briand, alors responsable des pandémies à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Celle-ci avait alerté les participants sur les dangers de « l’infodémie », cette circulation massive d’informations, fiables ou non, qui accompagne les crises sanitaires. « Elle nous a appris à quel point […] tout le système de santé allait devoir être très aguerri pour, en même temps que la pandémie montera, être capable de faire monter aussi les informations vérifiées », se souvient Dominique Noël.
La crise du Covid-19 a donné une résonance particulière à cet avertissement. Entre multiplication des prises de parole, informations contradictoires et controverses scientifiques, elle a révélé les difficultés des institutions et des professionnels à faire émerger une parole fiable dans un environnement informationnel saturé.
Les infox, un risque sanitaire à part entière
Pour Dominique Noël, la désinformation en santé ne peut être considérée comme un simple désagrément médiatique. Elle peut modifier les comportements individuels et collectifs, notamment en matière de vaccination, et avoir des conséquences sanitaires majeures.
Mais toutes les informations erronées ne relèvent pas des mêmes mécanismes. Elle insiste sur la nécessité de distinguer les infox intentionnelles, les informations trompeuses relayées sans volonté de nuire et le doute scientifique légitime. Une distinction essentielle pour construire des réponses adaptées.
Autre difficulté : la puissance des réseaux sociaux, qui accélèrent la diffusion des contenus émotionnels et sensationnalistes. Face à ce phénomène, la riposte doit être réfléchie. Répondre systématiquement à une fausse information peut parfois contribuer à lui donner une audience qu’elle n’aurait jamais atteinte autrement.
D’où la nécessité d’anticiper les crises, de surveiller les signaux faibles et de mobiliser des interlocuteurs crédibles. « Il faut des tiers de confiance […] des gens qui savent de quoi ils vont parler et qui sont des ambassadeurs au moment où une désinformation en santé va arriver », souligne Dominique Noël.
Une responsabilité nouvelle pour les agences et les annonceurs
Cette exigence transforme profondément les métiers de la communication. « Face à la désinformation, on ne doit plus se taire », affirme Julie de Folleville. Laboratoires, institutions, professionnels de santé et agences doivent contribuer à occuper le terrain de l’information fiable, vérifiée et sourcée.
Pour les agences, la responsabilité ne consiste plus seulement à développer la visibilité ou la notoriété de leurs clients. Elle implique une rigueur accrue dans la validation scientifique des messages, le respect du cadre réglementaire et le choix des prises de parole.
« La valeur ajoutée de l’agence, c’est d’avoir cette rigueur sur le sourcing, la validation scientifique et médicale », explique Julie de Folleville, qui insiste également sur la dimension collective de cette responsabilité, partagée entre agences et annonceurs.
L’intelligence artificielle renforce encore ces enjeux. En démultipliant les capacités de production de contenus, elle accroît aussi les risques d’approximations et de diffusion d’informations non vérifiées.
Le festival, un lieu pour faire évoluer les pratiques
Pour sa 35e édition, le Festival de la Communication Santé entend prolonger cette réflexion. Une nouvelle étude Ipsos sur les Français, la santé et la qualité de vie abordera notamment leur rapport à l’information. Une table ronde sera consacrée à l’intelligence artificielle, tandis qu’un atelier interrogera la légitimité des laboratoires comme acteurs de prévention.
Le festival souhaite également renforcer la place des patients et des professionnels de santé, et valoriser des campagnes capables de conjuguer créativité, rigueur et impact concret.
Car la communication ne peut se substituer à la science, mais elle est indispensable pour la rendre accessible. Dominique Noël résume cette mission : le communicant doit « vulgariser sans […] altérer ».
Au-delà de la lutte contre les infox, c’est donc une nouvelle conception de la communication en santé qui s’affirme : non plus une simple fonction de promotion, mais un levier stratégique de santé publique. Un changement de perspective que Julie de Folleville relie directement à l’ambition du festival : permettre aux citoyens de mieux comprendre, de mieux décider et, finalement, de mieux vivre.
