Tribunes & Focus

Les Focus - 9 juillet 2021

Pour le Pr Delfraissy, « le biopouvoir doit laisser la place à la démocratie sanitaire » (Colloque)

Le Colloque National de l’Université du Changement en Médecine (UC2M) s’est tenu le vendredi 2 juillet 2021, dans la salle des fêtes de l’Institut National des Jeunes Sourds de Paris, à l’invitation de sa directrice Elodie Hémery, sur le thème de : « La Santé à l’épreuve de la décision publique : que nous apprend la crise sanitaire sur l’organisation des pouvoirs dans la Santé ? ». Un événement dont nous étions partenaires média. Vidéo et synthèse.

En ouverture du colloque, le Dr Pascal Maurel, directeur de l’Université du Changement en Médecine, Dominique Maigne et le Pr Jean Sibilia, co-présidents du think tank, ont remercié les équipes, experts et contributeurs du Groupe des 100, ainsi que leurs partenaires « ManagerSanté.com » et « Presse Infos + » (agence éditrice de la Veille Acteurs de Santé) dans leur ambition commune de dégager une praxis en santé par le retour sur expérience et le débat.

Crise sanitaire et organisation des pouvoirs dans la Santé

Afin de mieux appréhender les enjeux de la crise épidémique de la Covid-19, véritable « fait social total », selon le Dr Pascal Maurel qui reprenait ici le concept du sociologue Marcel Mauss, l’UC2m s’est d’abord entretenue avec le Pr Jean-François Delfraissy, Président du Conseil scientifique Covid-19 et du Comité national d’Éthique, afin de recueillir son sentiment sur les effets politiques de la crise et sur l’existence avérée ou non d’un « biopouvoir » en France ?

Le colloque a ensuite été organisé en cinq temps pour répondre à la question générale « Que nous apprend la crise sanitaire sur l’organisation des pouvoirs dans la Santé ? ».

L’occasion d’échanger sur les thèmes suivants :

  • Spécificités et particularismes des prises de décision en santé et en médecine ?
  • Les enseignements de la crise du Covid sur la chaine de décision ?
  • Que nous apprennent l’Europe et le monde ?
  • Existe-il des modèles efficaces de gouvernance ?
  • L’État, les professionnels et le secteur privé ?
  • Quelles possibilités pour les soignants dans les prises de décision ?
  • Comment former les futurs professionnels de santé à la prise de décision collective ?
  • Quelle place pour la santé publique et la prise en charge des populations dans le système de santé ?

Un réseau décisionnel élargi, décloisonné, qui valorise la remontée d’information du terrain

Le colloque a notamment permis :

  • de mettre en évidence trois facteurs-clés afin de répondre à une nouvelle crise sanitaire à l’avenir,
  • de s’appuyer sur un réseau décisionnel élargi, décloisonné, qui valorise la remontée d’information des acteurs de terrain,
  • d’obtenir l’acceptation de la population en vue d’une action sanitaire légitime et efficace, d’où la nécessité d’appuyer le concept de « démocratie sanitaire »,
  • de conjuguer ou du moins mieux appréhender, les différentes périodes du temps de la crise auxquelles sont confrontés l’ensemble des acteurs (sidération, urgence, latence),
  • d’atténuer les effets indésirables que produit le décalage temporel de chacun des acteurs (temps épidémiologique en termes de semaines, temps médiatique en termes de jours).

Consulter la synthèse du colloque

Une gouvernance davantage médicalisée et à l’écoute de la population

Les citations principales :

Jean-François Delfraissy : « Le biopouvoir doit laisser la place à la démocratie sanitaire »

Antoine Flahault : « À l’international, les états qui sont apparus les plus performants dans la gestion de la crise sanitaire sont ceux qui ont le moins confiné ».

Karine Lacombe : « Au plus fort de la crise en mars 2020, les réunions de concertation pluridisciplinaires ont représenté le meilleur moyen de gérer le doute ».

Dominique Le Guludec : « Le calcul bénéfice-risque a représenté le plus sûr levier de réflexion de la Haute Autorité de Santé dans son approche de la politique vaccinale ».

Stéphanie Rist : « Une meilleure prise de décision publique en santé passe par une gouvernance davantage médicalisée et à l’écoute de la population ».

Bernard Jomier : « Nous allons vers des changements importants. Une offre de santé publique mieux articulée notamment avec les territoires ».

Gaëtan Casanova : « La santé est une affaire trop importante pour la laisser aux seuls médecins ».

Daniel Benamouzig : « Au cœur de la crise sanitaire, le très haut niveau d’adhésion de la population a été marquant dans un climat paradoxal de défiance ».

Patrice Diot : « Une formation pédagogique de la connaissance vers la compétence favorisera une meilleure gestion de l’incertitude chez les médecins ».

Nathalie Fourcade : « Investir dans les transformations en santé impose de redéfinir le cadre de régulation du système dans son ensemble ».

Jacques Battistoni : « Les communautés professionnelles territoriales de santé vont permettre à la médecine de ville d’être reconnue par l’État ».

Béatrice Noéllec : « La crise a permis de recentrer l’activité sur la mission et non sur le statut, de se réapproprier le besoin d’une société de soin pour l’avenir ».

Dominique Jakovenko : « L’action territoriale de santé publique sera plus efficiente lorsque les relations médecine de ville-hôpital seront plus fortes ».

Etienne Pot : « L’apport de la médecine libérale et du médico-social au cœur de la crise sanitaire a réfuté l’idée d’un hôpital au centre de tout ».

Pascal Maurel, directeur de l’UC2m : »Avec la Covid-19, nous avons l’impression de traverser ce que Marcel Mauss appelait un fait social total ».

Dominique Maigne, co-président de l’UC2m : « La mise en place d’un dispositif d’in- demnisation pour les médecins exerçant dans les établissements de santé a représenté dans le monde, une exception française ».

Jean Sibilia, co-président de l’UC2m : « Le terrain a été oublié mais s’est débrouillé dans le silence des organisations ».

Consulter la synthèse du colloque

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