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Les Tribunes - 14 novembre 2019

« 30 % de dépenses inutiles »… bis repetita

Tribune – Par Jean-Michel Chabot. Voilà près de deux années que la ministre chargée de la santé avait déclaré dans une interview à la presse écrite que les dépenses de l’Assurance maladie étaient pour 30 % « non pertinentes ». Bigre !

Cette déclaration n’avait guère été contestée, pas plus qu’elle n’avait provoquée d’émotion ou de réactions offensées… Il est vrai que depuis quelque temps déjà, les discours sur les actes inutiles ou même à risque ont été banalisés, en particulier par les responsables de l’hospitalisation publique.

Il est vrai aussi que la thématique des « actes inutiles » s’est développée en particulier dans les pays anglophones depuis plusieurs années ; ainsi, ces dernières années, diverses initiatives comme Choosing Wiselyou dans la presse professionnelle Less is more, se sont développées Outre-Atlantique, avant de connaître différentes adaptations dans la plupart des pays de l’OCDE. De surcroît, les observateurs attentifs ont pu noter que la Health care reform voulue par l’administration Obama – et tout juste contrariée par l’administration Trump – continue de s’accomplir autour du concept central du High-Value care(qui implique justement une remise en cause du Low-value care, autrement dit des actes inutiles).

Un pourcentage plutôt obscur

Reste que l’origine du « 30 % » est restée… plutôt obscure.

Plusieurs documents, accessibles sur internet apportent cependant des éléments solidement référencés.

D’abord des travaux publiés par l’OCDE au début de l’année 2017. Ainsi les Highlightsdu document Tackling Wasteful Spending on Health.En moins de dix pages du PDF (presque) tout est dit : les causes(pourl’essentiel, la consommation excessive de low-value care, le recours inapproprié àl’hospitalisation classique et les pesanteurs administratives) et les solutions (en quatre étapes, reconnaître, informer, persuader et payer – selon les résultats obtenus).

A noter, une autre production de l’OCDE, signée par l’économiste Francesca Colombo et qui, à l’aide d’une vingtaine de diapos,précise les choses.

Pour autant,aucun de ces deux documents de l’OCDE n’avance les « 30 % ».

Six « sources » de dépenses inutiles

Enfin on peut revenir au prophétique papier de Don Berwick, publié dans le JAMA en avril 2012 (où le gâchis global est situé à « plus de 20 % » et où les six « sources » de dépenses inutiles et de gâchis sont précisément identifiées).

La conclusion de cet article (1)est d’ailleurs pragmatique : ….« réduire la totalité des gâchis n’est ni pratiquement réalisable ni finalement souhaitable économiquement ; une réduction partielle est cependant une formidable opportunité pour assurer la soutenabilité du système de soins »…..

Et près de septannées plus tard, le court article d’avril 2012 (4 pages dont une éclairante figure) vient de recevoir une édifiante confirmation.

C’est à nouveau dans le JAMA (du 7 octobre 2019)(2)que trois auteurs (assureurssanté et Université de Pennsylvanie) reprennent et complètent le travail de Berwick. Sur la base d’une revue de la littérature (de janvier 2012 à mai 2019),ils identifient les travaux publiés qui d’une part, confirment les estimations de « waste » dans les six sources spécifiées et d’autre part, projettent les économies possibles.

Il suffira de dire que les 25 % de gâchis sont vérifiés et que les économies possibles sont de l’ordre de plus de 200 milliardsde dollars, ce qui correspond à une année de nos dépenses de santé.  Bis repetita… (alors que le « chantier de la pertinence » ne semble guère actif chez nous).

(1) Eliminating waste in US health care. JAMA. 2012 apr 11;307(14):1513-6. doi: 10.1001/jama.2012.362. Epub 2012 mar 14

(2) Waste in the US Health Care System Estimated Costs and Potential for Savings. JAMA. 2019;322(15):1501-1509. doi:10.1001/jama.2019.13978

 

 

 

 

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