Tribunes & Focus

La Veille sur BFM Business - 13 octobre 2019

Grand âge et autonomie : les soignants peinent à être entendus

Samedi dernier, dans l’émission BFM life diffusée sur BFM Business, les Experts de la Santé ont décrypté la nouvelle journée de mobilisation nationale lancée par les soignants du secteur de la prise en charge des personnes âgées. Démunis, ces derniers souhaitent plus de moyens humains et financiers pour faire face aux défis liés au vieillissement de la population.

Le replay de l’émission du 12 octobre est disponible ici, à 15’46

« Ça craque et ce n’est que le début ». C’est en ces termes que Renaud Degas, directeur de La Veille des acteurs de la Santé et de l’agence Presse Infos+, a résumé la situation du secteur du grand âge. Les salariés du secteur public comme privé, des Ehpad comme du domicile, se sont en effet mobilisés conjointement, le 8 octobre dernier, pour manifester leur déception, leur indignation et leur impatience face au manque de moyens auquel ils sont confrontés chaque jour.

Les syndicats appellent à la création de 40000 postes

Les syndicats deman­dent la créa­tion « d’urgence » de « 40 000 postes sup­plé­men­tai­res dans les ser­vi­ces d’aide à domi­cile et les établissements » pour attein­dre l’objec­tif ins­crit dans le plan Solidarité Grand Age de 2006 du ratio 1 per­son­nel pour 1 rési­dent et l’équivalent à domi­cile. Ils appellent également de leurs voeux « une reva­lo­ri­sa­tion sala­riale pour les pro­fes­sion­nels, un per­son­nel formé, l’amé­lio­ra­tion des condi­tions de tra­vail, des moyens et finan­ce­ments péren­nes pour l’aide à domi­cile et les établissements ».

Et le temps presse. De fait, « en 2015, on dénombrait 2,5 millions de personnes âgées dépendantes, rappelle Renaud Degas. Selon les projections, elles seront 4 millions en 2050″, dont une part importante de personnes atteintes de maladies neurodégénératives.

Un PLFSS 2020 qui ne convainc pas

Or pour les syndicats, les promesses contenues dans le PLFSS pour 2020 ne suffisent pas. Le texte, présenté le 30 septembre dernier, prévoit, en attendant le futur projet de loi sur le sujet, une enveloppe supplémentaire de 500 millions d’euros « pour amorcer la réforme du grand âge et de l’autonomie ». Il crée également une rémunération pour le congé du proche aidant dont le coût est estimé à 100 millions d’euros.

L’enjeu est « sociétal », évoque Renaud Degas. « Individuellement, les familles, dans la société telle qu’elle est construite, ne peuvent plus prendre en charge leurs aînés, pointe-t-il. Collectivement, il faut donc en payer le prix. Est-ce que tout le monde en a conscience ? Ce n’est pas sûr. » Et de conclure que la réponse qui sera apportée « signera notre niveau de civilisation : en tant que société, allons-nous, oui ou non, mettre les moyens pour nous occuper des personnes âgées dépendantes qui sont nos aînés ? »

Des priorités clairement identifiées

Les priorités, aujourd’hui, sont claires, poursuit Anne Beinier, experte internationale en protection sociale chez Expertise France. Il faut en premier lieu, « renforcer l’attractivité des métiers du secteur », c’est-à-dire « créer des passerelles » entre celui d’aide à domicile, d’aide-soignant et d’infirmier, rehausser les salaires, « relativement bas » à l’heure actuelle, et faciliter l’évolution des carrières.

Il faut également « remettre les personnes âgées au coeur de la société », évoque-t-elle, « poursuivre la médicalisation des Ehpad », « déployer à plus forte échelle » le congé de proche aidant et réduire le reste à charge des personnes âgées résidant en Ehpad (« 1700 euros en moyenne »).

Renaud Degas et Anne Beinier ont par ailleurs insisté sur le fait que « toutes les ressources médicales, paramédicales, sociales, publiques et privées » doivent être utilisées pour répondre aux défis que posent le vieillissement de la population.

À noter : en fin de séquence, les Experts de la Santé se sont également penchés sur la question des compléments alimentaires. L’association 60 millions de consommateurs a en effet récemment mis en garde les consommateurs sur ces produits et les risques encourus en cas de dosages excessifs, de mélanges ou d’utilisation de substances controversées.

 

 

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