Tribunes & Focus

Contrepoints de la Santé - 4 février 2019

Le Grand soir des territoires de santé ?

Synthèse par Alexandre Terrini et Vidéos – Comment améliorer l’accès au soin et la coordination des professionnels de santé pour mieux prendre en charge les patients ? Comment améliorer les soins de proximité ? Lors des Contrepoints de la santé, organisés le 23 janvier à Paris, Jacques Battistoni, Président du syndicat MG France, et Gilles Bonnefond, Président de l’Union des syndicats des pharmaciens d’officine (USPO), ont apporté leur optimisme et leurs idées sur la manière de relever ces défis.

 


Intégrale du débat


L’année ou jamais

Cette fois, c’est la bonne ! Vraiment ? Oui. Les uns et les autres sont convaincus que 2019 est l’année de l’alignement des planètes nécessaire à la structuration des soins de proximité. « Il y a une convergence des intérêts, des besoins et des demandes, ce qui fait qu’il y a des chances d’aboutir, assure Jacques Battistoni, Président du syndicat MG France.Par ailleurs, avec la négociation conventionnelle (sur les CPTS, N.D.L.R.) qui vient de s’ouvrir, il y a également un intérêt pour les professionnels à agir. »Reste à franchir le pas dans les têtes et à se défaire d’oripeaux passéistes : « Les professionnels de santé libéraux, qui rendent d’abord un service individuel, vont-ils arriver à prendre en compte cette dimension collective ? Nous avons aussi une responsabilité par rapport à la cité et à la population. La question fondamentale est de motiver les médecins. »

Les pharmaciens, eux, ont franchi le cap sans se faire prier. Du moins, à entendre Gilles Bonnefond, Président de l’Union des syndicats des pharmaciens d’officine (USPO) : « Nous, nous avons anticipé. Nous avons préparé la profession à une véritable réforme qui a démarré l’année dernière avec une évolution importante, en particulier du mode de rémunération. En effet, nous allons diminuer la marge commerciale par quatre, en trois ans, et la transformer en honoraires et en actes de dispensation. Nous sommes dans une stratégie de rapprochement auprès du patient qui consiste à se dégager de l’aspect commercial de notre métier. »Bref, les pharmaciens se déclarent « prêts à être en collaboration sur le territoire ».

 


Extraits

 


Les CPTS, le « visage des soins de ville »

Cela tombe bien puisque l’heure des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) est arrivée. Là encore, cet avènement est plutôt vu comme une bonne chose. Plus exactement comme une solution susceptible d’être efficiente. « Il faut donner un visage aux soins de ville, justifie le Président du syndicat MG France. Si l’hôpital a des difficultés à s’organiser avec nous, c’est parce qu’il n’a pas d’interlocuteur. Là, les CPTS seront un interlocuteur pour la population et pour l’hôpital. »Une perspective qui incite l’USPO à répondre présent sans ciller. « Notre objectif, c’est tous les pharmaciens dans toutes les CPTS, martèle son Président, Gilles Bonnefond. Aucun ne doit manquer à l’appel.Ce qui va motiver les professionnels, c’est d’avoir un exercice beaucoup plus coordonné et confortable que ce que l’on a aujourd’hui. Nous devons participer à l’organisation sur les territoires pour répondre aux besoins des patients. Et ce n’est pas parce que l’on a un statut libéral que nous ne sommes pas capables de nous organiser. »Dont acte.

Reste à mettre du contenu dans le contenant et à bourse délier pour faire fonctionner le tout. Le budget minimal est évalué à environ 150 000 euros annuels par CPTS, sachant qu’il faudra rapidement monter en gamme. A ce prix, il serait avisé, dans un premier temps, d’opter pour des initiatives qui ratissent large, autrement dit, qui fassent consensus pour susciter l’adhésion du plus grand nombre. Exemple parmi d’autres : l’organisation coordonnée de la sortie d’hôpital. Autre préalable, que le champ de compétences des CPTS soit gravé dans le marbre et non pas soumis, çà et là, au bon vouloir des Agences régionales de santé (ARS). « Nous demandons que les misions qui seront assurées (par les CPTS, N.D.L.R.)soient financées par l’Assurance maladie et donc par le droit commun, prévient Jacques Battistoni. L’intérêt de la négociation collective, c’est de dire que dès lors que l’on fait telle ou telle chose, on est dans le droit commun et non plus dans la négociation en allant frapper à la porte de l’ARS qui risque de retoquer le projet et de le faire changer. »


Extraits


La délégation de tâches, pas n’importe comment

Les CPTS, d’accord. La délégation de tâches, d’accord aussi mais à certaines conditions. Là comme ailleurs, les médecins ne veulent pas qu’on leur force la main. « Ce qui a fâché les médecins, c’est que ce soit la loi qui décide à leur place de la façon dont doit se faire la coopération, explique Jacques Battistoni. C’est aux équipes de soins, sur le terrain, de décider entre elles comment elles s’organisent pour prendre en charge les patients. La délégation de tâches ne peut se faire que dans la concertation. Cela ne doit pas être quelque chose qui nous est imposé par un amendement ou un projet de loi. »Sachant que les Équipes de soins primaires (ESP), qui devraient être valorisées lors des négociations sur les CPTS, pourraient être le cadre propice auxdites délégations que les Français appellent par ailleurs de leurs vœux.

Les officines, elles, se sont dotées d’espaces de confidentialité. « Nous sommes prêts, confirme Gilles Bonnefond. Il ne s’agit pas de consultations ni de diagnostics mais d’entretiens pharmaceutiques. »Ou encore de vaccinations, voire de télémédecine. « S’il y a un endroit où il doit y avoir un émetteur pour permettre à un patient d’être en contact avec un médecin traitant ou hospitalier, à distance, c’est bien la pharmacie qui est un espace de santé réglementé, à proximité des patients et susceptible d’être équipé d’un dispositif de télémédecine », estime Gilles Bonnefond.

 

Des hôpitaux de proximité pour les soins de… proximité

Dans ce contexte, les hôpitaux de proximité seront-ils rattachés à l’armada structurelle des Groupements hospitaliers de territoire (GHT) avec les lourdeurs que cela induirait ou bien appartiendront-ils au giron des soins de proximité comme leur fonction et leur raison d’être le suggèrent ? Pour les médecins généralistes, la réponse est évidente. « Nous avons une demande : pouvoir nous appuyer sur les hôpitaux de proximité pour organiser une vraie fluidité avec les médecins généralistes ambulatoires et que ces derniers puissent intervenir dans ces hôpitaux », par exemple via les CPTS, suggère Jacques Battistoni. Une occasion de commencer à en finir avec l’hospitalo-centrisme exacerbé de notre système de soins.

 



Extraits

 

 


Débat organisé et animé par Philippe Leduc (LDC Santé), Pascal Maurel (Ortus) et Renaud Degas (La Veille des acteurs de la Santé – Presse Infos +) au Restaurant Opéra.
En partenariat avec Le Groupe Pasteur Mutualité, Groupe Point Vision, MSD, Carte blanche, Qare, et BVA.


 

 

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *