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Innovation en Santé - 10 juillet 2026

Karine Levesque, CSL France : « Une entreprise de santé doit être un acteur citoyen et un partenaire du système de santé »

À l’heure où les critères environnementaux et sociétaux prennent une place croissante dans les politiques publiques et les achats hospitaliers, Karine Levesque, directrice générale de CSL France, défend une vision exigeante de la responsabilité sociétale des entreprises. Pour elle, la RSE ne se résume ni à une démarche environnementale ni à un exercice de communication : elle doit contribuer à améliorer le système de santé, les parcours de soins et la qualité de vie des patients.

Entretien avec Renaud Degas, directeur de la publication de La Veille Acteurs de Santé

 

Quelle place occupe la RSE dans votre vision de l’entreprise de santé ?

Karine Levesque – J’ai une conviction forte : une entreprise doit être citoyenne, encore plus lorsqu’il s’agit d’une entreprise de santé comme CSL. Cela signifie qu’elle doit contribuer à l’essor économique du pays, mais aussi agir sur les dimensions sociales, sociétales et environnementales. Cette conviction est d’abord personnelle, mais j’essaie de l’insuffler dans toute l’organisation. Pour moi, la RSE ne part pas d’une logique de communication ou d’image. Elle part d’une volonté d’avoir un impact concret et positif sur la société.

 

Comment cette conviction se traduit-elle au sein de CSL France ?

K.L. – Nous avons choisi une approche très pragmatique et des actions concrètes qui sont le reflet de notre feuille de route. Cela peut passer par une multitude d’actions : recyclage dans les bureaux, déploiement d’une flotte de véhicules électriques, formations à l’éco-conduite ou encore ateliers de sensibilisation aux enjeux environnementaux. Nous organisons chaque année plusieurs sessions autour de thématiques comme les perturbateurs endocriniens, l’éco-conception des soins ou encore les fresques du climat.

Mais la RSE ne se limite pas à l’environnement. Le pilier social et sociétal est tout aussi important. Nous avons par exemple mis en place des journées de bénévolat pour les collaborateurs afin qu’ils puissent s’engager dans les causes qui leur tiennent à cœur. Chacun doit pouvoir agir sur les sujets qui le touchent personnellement.

 

Vous insistez sur la dimension collective de cette démarche. Pourquoi ?

K.L. – Parce que je suis convaincue que la RSE ne peut pas être portée par une seule personne. Dans beaucoup d’entreprises, il existe un responsable RSE chargé de coordonner les actions. Chez nous, nous avons fait un autre choix : tout le monde est responsable de la RSE.

Nous avons bien une gouvernance structurée, soutenue par la direction, mais chaque collaborateur contribue selon ses centres d’intérêt et ses compétences. Ainsi, un responsable médical a participé à la réalisation du bilan carbone de l’entreprise, tandis qu’un collaborateur de l’accès au marché pilote des actions autour de la prévention en santé. Cette approche transversale crée une véritable dynamique collective.

 

Dans beaucoup d’entreprises, il existe un responsable RSE chargé de coordonner les actions. Chez nous, nous avons fait un autre choix : tout le monde est responsable de la RSE.

 

La prévention semble justement occuper une place centrale dans votre réflexion.

K.L. – Absolument. Je viens du Canada, où la culture de la prévention est très développée. Une entreprise en bonne santé est une entreprise dont les collaborateurs vont bien. Nous travaillons donc beaucoup sur la prévention, notamment avec des campagnes de dépistage des cancers, des actions de vaccination ou des interventions d’experts de santé.

Mais cette logique dépasse largement le cadre de l’entreprise. Si nous voulons préserver notre système de santé, nous devons investir massivement dans la prévention. Éviter une maladie ou ralentir sa progression permet d’améliorer la qualité de vie des patients tout en réduisant les coûts pour la collectivité. À mes yeux, la prévention est une composante essentielle de la RSE.

 

Quel rôle un laboratoire pharmaceutique peut-il jouer dans cette transformation du système de santé ?

K.L. – Je crois profondément que l’industrie pharmaceutique doit être un acteur de santé publique à part entière. Notre responsabilité ne s’arrête pas à la mise à disposition d’un médicament. Le médicament seul ne suffit pas.

Nous devons contribuer à améliorer les parcours de soins, favoriser les diagnostics précoces, faciliter la coordination entre la ville et l’hôpital et participer à l’émergence d’innovations organisationnelles. Depuis plusieurs années, nous développons ainsi des projets visant à optimiser la prise en charge des patients, notamment dans la gestion du capital sanguin, la maladie rénale chronique ou encore certaines maladies rares.

Notre objectif est toujours le même : permettre aux patients d’être diagnostiqués plus tôt, pris en charge plus rapidement et suivis plus efficacement.

 

La dimension environnementale s’applique-t-elle également aux produits et aux parcours de soins ?

K.L. – Bien sûr. Nous avons été parmi les premiers à influencer certains sujets au niveau du groupe, notamment la dématérialisation des notices destinées aux patients à l’hôpital. Nous avons également engagé une réflexion sur l’éco-conception des médicaments.

Concrètement, nous avons réalisé le bilan carbone de plusieurs de nos produits et modifié certains emballages afin de réduire l’usage du plastique. Nous travaillons aussi sur des approches plus globales visant à mesurer l’empreinte carbone d’un parcours de soins complet.

Par exemple, nous nous interrogeons sur la différence d’impact environnemental entre l’administration d’un traitement à l’hôpital et sa réalisation à domicile par une infirmière libérale ou dans le cadre d’une hospitalisation à domicile. Ces analyses peuvent ensuite alimenter la réflexion sur l’organisation des soins.

 

Concrètement, nous avons réalisé le bilan carbone de plusieurs de nos produits et modifié certains emballages afin de réduire l’usage du plastique.

 

Cette démarche est-elle bien perçue par les professionnels de santé et les institutions ?

K.L. – Oui, parce qu’elle repose sur des projets concrets. Nous travaillons régulièrement avec des fédérations, des associations de patients, des établissements de santé et, dans certains territoires, avec les Agences régionales de santé (ARS).

Lorsque nous contribuons à résoudre un problème de parcours de soins ou à accélérer un diagnostic, les acteurs de terrain voient immédiatement la valeur ajoutée et cesdémarches ont un impact réel. Naturellement, cela permet de gagner en et favorise les relations de confiance avec nos partenaires.

 

La RSE devient également un critère d’achat dans les établissements de santé. Est-ce une évolution positive ?

K.L. – Oui, clairement. Le statu quo n’est plus tenable. Les hôpitaux doivent réduire leur empreinte environnementale et les industriels représentent une part importante de leurs émissions indirectes. Il est donc logique que les critères RSE soient progressivement intégrés dans les marchés.

Je considère cette évolution comme vertueuse. Elle incite l’ensemble des acteurs à prendre leurs responsabilités et à accélérer les transformations nécessaires.

 

Quel est votre objectif pour les prochaines années ?

K.L. – Mon ambition est que la RSE soit pleinement intégrée à la stratégie de CSL France et qu’elle irrigue l’ensemble de nos activités. Nous avons déjà obtenu plusieurs reconnaissances externes, notamment une labellisation THQSE (https://labelthqse.fr/) et diverses certifications qualité, mais ce n’est pas une fin en soi.

Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de démontrer qu’un laboratoire pharmaceutique peut contribuer à la performance du système de santé, à l’amélioration des parcours de soins, à la prévention et à la réduction de son impact environnemental.

Pour moi, ces enjeux sont indissociables. Une entreprise de santé a une responsabilité particulière : elle doit participer activement à la construction d’un système plus durable, plus efficace et plus humain.

 

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