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Les Tribunes - 27 avril 2020

L’après COVID-19, épisode 1 : quel système de soin après le virus ?

Tribune de Philippe Leduc, journaliste et directeur du Think Tank Economie Santé – On attendait le Tsunami des personnes âgées, l’explosion des pathologies chroniques, la révolution de l’intelligence artificielle et patatras le coronavirus change dramatiquement la donne. L’épidémie du Siècle est là. Ce n’est pas l’heure du bilan mais d’ores et déjà à chaud – pour ne pas oublier quand tout ira mieux – tirons avec humilité quelques enseignements majeurs pour l’avenir. Premier épisode d’une série d’analyses sur le vif également publiée sur le blog du think tank.

Le plus étonnant d’entrée de jeu c’est le manque de prospective. Une telle pandémie n’a pas été anticipée et donc préparée. Ebola, la grippe H1N1, le SRAS sans oublier le VIH n’ont pas alerté, ici comme ailleurs. C’est tout de même hallucinant. L’OMS est inaudible. C’est au niveau de l’Europe que doit être organisée cette veille et cette anticipation en termes de risque et d’organisation.

Deuxième constat : la formidable réactivité des professionnels de santé qui font front dans des conditions qu’on sait difficiles et qui savent pouvoir compter sur le soutien et la sympathie de la population.

Un avant et un après « coronavirus »

Plus globalement, il y aura un avant et un après « coronavirus ». Le système de santé est proche de la fracture car il est progressivement entré en déliquescence par petites touches, par d’infimes glissements qui font que les principes et les priorités concrètes ne sont pas définis et encore moins assumés. Même si des progrès fantastiques ont été réalisés au cours des vingt dernières années. C’est là le paradoxe. Par faiblesse, facilité ou mercantilisme l’objectif d’une santé pour tous et parcimonieuse a été laissé sur le bord de la route malgré les colossales possibilités, l’énergie dépensée et les fonds alloués.

Il faut remettre de l’ordre dans le système de santé. C’est une occasion à ne pas manquer. Le précipice est proche, il faut à la fois refonder une santé de tous les jours qui doit pouvoir répondre aux fléaux aussi inattendus que le coronavirus qui ne manqueront pas à nouveau de surgir. L’État, les professionnels  et acteurs de santé mais aussi patients et citoyens doivent s’y atteler.

Cinq points pour lancer la réflexion

1 • Prévenir

On le sait notre système de soins s’est construit sur la réponse à des besoins aigus. La prévention en est le parent pauvre. Elle doit désormais devenir une vraie priorité en inventant de nouveaux modèles. Il faut enfin y travailler. Un exemple : chaque année on pourrait éviter 5 000 morts si la vaccination contre la grippe « classique » passait de 46% à 75%. Il ne faut plus s’accommoder de ces piteux résultats, de même pour le tabac, l’excès d’alcool, l’alimentation, le manque d’exercice physique, la sédentarité, le déclin cognitif, etc.

Ceci ne passera pas par de simples campagnes d’information. La pandémie de coronavirus doit être l’occasion d’ouvrir le débat avec les citoyens pour qu’ils ne soient plus juge mais partie des actions à mener et des nouvelles habitudes à acquérir. Les règles d’hygiène au sens large doivent devenir une nouvelle manière de vivre.

2 • Donner les moyens aux Français de s’orienter dans le système de santé

La sur-sollicitation du système des soins « en temps de paix » doit aussi être interrogée. On l’a vu, aux urgences les bobos et petites pathologies ont quasi disparu pour laisser la place aux patients Covid-19. Par responsabilité ou crainte d’être contaminé. Il faut enfin donner aux Français les moyens d’utiliser correctement l’offre de soins. Pour que les soins soient utilisés à bon escient afin de préserver les services sous tension.

Le projet de Service d’accès aux soins (SAS) est sûrement une bonne idée. Il devait voir le jour à l’été 2020 mais il s’est enlisé dans de picrocholines discussions de pré carré.

Les pouvoirs publics et les professionnels ne doivent pas oublier l’objectif : que les patients soient bien orientés. Le numéro 15 a été embouteillé au détriment des urgences « vraies » car son mode d’emploi n’est pas connu par la population. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, il n’y a pas de vision claire quant aux différents numéros d’information, de secours, d’urgence ou de soins non programmés.

3 • Assumer une vision populationnelle de santé publique

La pandémie de coronavirus a une nouvelle fois mis en évidence le rôle délétère de l’atomisation du système de soins. Les professionnels quel que soit leur statut, leur lieux d’exercice et malgré le manque de masques et de tests biologiques de diagnostic se sont mobilisés avec énergie et abnégation.

Mais il est rapidement apparu que la coordination entre ville et hôpital, public et privé marquait le pas face cette situation urgente, inédite et très évolutive. Parce qu’en temps normal il n’y pas assez de fluidité entre ces différents intervenants et que surtout l’ensemble n’a pas une vision populationnelle, c’est-à-dire ne partage pas l’objectif de prendre en charge l’ensemble d’une population sur un territoire donné et pas seulement répondre à une demande. Les missions de santé publique et leurs contraintes doivent être réaffirmées pour tous et réorganisées. Il faut changer de paradigme.

4 • Eviter le désordre du saut technologique numérique

La télémédecine qui se développait lentement connait un vrai boom, principalement pour permettre la « distanciation sociale ». Ce rapide saut technologique peut être mis à profit pour mieux organiser les prises en charge avec plus d’efficacité et d’efficience, à terme pour les pathologies chroniques. Le coronavirus va faire entrer l’ensemble du système de santé dans l’ère des technologies numériques, faisons en sorte que cela ne soit pas dans le désordre. L’agence du numérique en santé qui a défini  un socle, une plateforme d’État devra y veiller.

5 • Revoir la gouvernance

Le coronavirus crée une opportunité exceptionnelle pour très rapidement, quand on aura passé cette crise majeure, poser quelques principes claires et simples et trouver les solutions efficaces et promptes. Encore faut-il que la gouvernance du système de santé soit partagée et lisible, là encore des efforts sont à entreprendre sans délai. Le rôle de l’État est majeur, la pénurie de masques et de tests biologiques de diagnostic le démontre sans ambiguïté. De même, la pertinence des financements est au cœur de cette problématique. Il faudra y revenir.

 

Cette tribune a été initialement publiée sur le blog du Think tank Economie Santé. Ce blog décrypte les temps forts de l’actualité de l’Economie Santé et les débats de la quarantaine d’experts membres du Think Tank Economie Santé. Ils livrent leurs propositions pour améliorer la qualité des soins et optimiser les dépenses en se focalisant sur le rôle et la responsabilité de chacun des acteurs du système de soins et de santé.

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