Santé et territoires : la revanche des Girondins ?

Synthèse par Alexandre Terrini et Vidéos – Pour débattre de la santé à l’échelle territoriale, dans le cadre des Contrepoints de la santé organisés le 7 novembre à Paris, Aurélien Rousseau, Directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, et Luc Duquesnel, médecin généraliste, Président des Généralistes Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), ont convenu de l’essentiel. En l’occurrence, de partir de la spécificité locale et de faire preuve de souplesse.

 


Vidéo intégrale


Une fois que l’on a dit qu’en matière de coordination, de coopération et de parcours de soins, tout doit se passer dans les territoires, la question du comment se pose invariablement. Et les ARS n’entendent pas être ce frein bureaucratique qui entraverait les bonnes volontés. Pour cela, elles sont prêtes à faire montre de l’agilité requise : « Lors de mon arrivée à la tête de l’ARS, raconte Aurélien Rousseau, j’ai eu le sentiment d’un foisonnement d’initiatives et que partout, des choses ont été faites à façon, sur mesure et sous les radars. Or, tous ces acteurs se disent que la puissance publique est là pour accompagner et faire grandir les projets qu’ils ont conçus et non par pour plaquer une réponse nationale venue d’en haut. » D’où la nécessité de s’adapter, ce qui vaut pour les ARS : « On a une stratégie de transformation (du système de santé, N.D.L.R.) et il serait assez étonnant que l’on demande à tous les professionnels de se transformer et que nous, structures administratives de régulation, nous considérions que nous sommes dispensés de transformation. Nous devons profondément nous transformer et être les ensembliers des acteurs du territoire. »

Un pouvoir de nuisance équitablement réparti

Mais de la théorie à la pratique, il y a parfois un plus ou moins grand pas, insiste Luc Duquesnel : « L’ARS est un acteur essentiel pour nous, professionnels de santé libéraux, quand nous sommes porteurs de projets innovants et dérogatoires. Or, les professionnels libéraux ont du mal à dialoguer avec l’ARS pour mener à bien ces projets. En outre, la politique de l’ARS est très dépendante de son directeur et certains ont plus une sensibilité hospitalière. » Et d’avertir que le pouvoir de nuisance est chose équitablement répartie : « Le financeur a quand même une certaine autorité mais ce pouvoir ne doit pas être trop pesant, d’autant que d’autres ont le pouvoir le faire ou de ne pas faire. » A bon entendeur…


Extraits


Ne pas se tromper de méthodologie

Alors que… faire ? Ne pas se tromper de méthodologie et « définir quels sont les besoins et les problématiques de chaque territoire ainsi que les forces en présence. Ensuite, il faut mettre tous les acteurs autour de la table », prône le Président des Généralistes Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Avec un leitmotiv pour l’autorité de tutelle, réitère Aurélien Rousseau : « Nous avons aussi des obligations. Le principe d’égalité, ce n’est pas déployer partout sur le territoire les mêmes solutions mais déployer des solutions adaptées au territoire pour permettre l’accès égalitaire à un parcours de soins. Nous devons être garants de cela aussi. »

« On est tous cloisonnés »

Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’environnement n’est facilitant pour personne. « On est tous cloisonnés, déplore le Directeur général de l’ARS francilienne. Le monde de la santé est marqué par la fragmentation des organisations professionnelles. Ce cloisonnement ne peut pas produire de la prise en charge coordonnée et ce n’est pas aux professionnels de gérer ni de dénouer la complexité du système public. » Dont acte.

Privilégier un empirisme efficient

Toujours est-il qu’il convient, à présent, de passer à la phase active. Et d’abord en donnant corps aux Communauté professionnelles territoriales de santé, les déjà fameuses CPTS. Là encore, Aurélien Rousseau entend se délester de tout excès de formalisme pour privilégier un empirisme efficient : « On doit renverser la présomption. Si des professionnels de santé ont discuté ensemble, ont fait un diagnostic sur leur territoire et ont des propositions à faire pour se coordonner dans la prise en charge du parcours du patient, alors nous serons en face d’une CPTS. Peut-être que dans la première année, elle se donnera des objectifs limités et qu’ensuite, elle grandira. Il ne faut pas qu’à vouloir la perfection, on monte des coquilles vides. » Pour le reste, le financement et les apports des projets que conduira ladite CPTS seront l’objet d’une négociation conventionnelle. Plus précisément, « il y aura (pour chaque CPTS, N.D.L.R.) des fonctions socles et d’autres optionnelles avec des modalités extrêmement différentes. »


Extraits

 

« Une course à l’échalote de la part de certaines ARS »

En attendant, le concept est à ce point la mode que l’on aurait tendance à privilégier la forme aux dépens du fond, prévient Luc Duquesnel après avoir opportunément rappelé qu’il existait déjà, dans les projets territoriaux de santé, des CPTS qui ne portaient pas leur nom : « C’est un peu la course à l’échalote de la part de certaines ARS comme s’il fallait afficher sa CPTS. L’important est de parler du contenu et faire que la dynamique se développe vers tous les professionnels sur tout le territoire. Nous avons besoin d’être accompagnés. »

Un alignement des planètes propice

Pour le reste, les uns et les autres sont d’accord pour convenir que l’alignement des planètes est propice à un changement de paradigme et qu’il convient de vite en profiter pour refondre le système. Avec, en toile de fond, l’idée communément admise que c’est la prise en charge coordonnée du patient qui permettra de lui délivrer le meilleur service et de le soigner le mieux possible. Une coordination de mise tant pour les soins primaires et que pour les parcours de soins.

Ne pas faire comme avec les territoires de santé numérique

Autre défi, celui de la mise en route des hôpitaux de proximité. Le Président des Généralistes Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) espère bien que le jour où les établissements « se mettront autour de la table pour arrêter le projet de santé territorial, les professionnels de santé libéraux et les établissements de soins privés seront associés ». Cloisonnement, quand tu nous tiens… Néanmoins, Aurélien Rousseau veut y croire. A ses yeux, il s’agit de « construire quelque chose qui réponde aux besoins du territoire » et aux envies exprimées par les professionnels, notamment de pouvoir travailler à la fois en ville et à l’hôpital. Sachant que « l’hôpital de proximité s’inscrit à la fois dans le projet territorial de santé et dans la gradation des soins », quitte à ce que « les hôpitaux de proximité n’aient pas la même tête partout ». Soit mais à condition de ne pas faire comme avec les territoires de santé numérique où chacun a joué sa partition dans son coin, transformant l’interopérabilité souhaitée en inopérabilité patente.

 


Organisé et animé par Philippe Leduc (LDC santé), Pascal Maurel (Ortus) et Renaud Degas (La Veille des acteurs de la Santé – Presse Infos +) au Restaurant Opéra.

En partenariat avec Le Groupe Pasteur Mutualité, Groupe Point Vision, MSD, Carte blanche, Inter Mutuelles Assistance, et BVA.

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *