Télémédecine/telehealth

Par le Pr Jean-Michel Chabot – 2018, année du véritable démarrage de la télémédecine en France ? Après des années de rapports, de colloques et de réflexion… Un sujet bien évidemment suivi de près aussi hors de nos frontières. Pour preuve, Le New England Journal of Medicine a publié une revue générale en 2016 et un Special Report en 2017 sur la télémédecine aux États-Unis.

 

Le constat général

La revue générale* publiée par le New England Journal of Medicine en juillet 2016, voilà bientôt deux ans, avait bien posé les termes de la situation :

1 – L’usage des diverses fonctionnalités de télémédecine évoluait – et plutôt vite. Trois caractéristiques fortes des premiers temps s’effaçaient (la concentration sur des plateaux techniques hospitaliers, la vocation aux situations d’urgence et le désenclavement de sites isolés) au bénéfice d’une banalisation et d’une généralisation des usages à l’ensemble des secteurs de santé, en particulier le suivi ambulatoire de malades chroniques…

2 – L’impact devenait majeur en clinique quotidienne. Ainsi, par exemple, la cohorte la plus importante d’accidents vasculaires cérébraux en Amérique du Nord n’est plus celle d’un « major medical center » mais celle d’une compagnie privée de télémédecine; et cela en moins de dix années ! Second exemple, le Kaiser Permanente (qui assure aux États-Unis presque 12 millions de sujets) annonce** que parmi les quelque 100 millions de consultations réalisées annuellement, plus de la moitié sont désormais « virtuelles » (e-mail, téléphone ou vidéo) et surtout que cette évolution a été plus rapide que prévu.

3 – Les limites au développement persistaient, en particulier le financement et la tarification (même si la montée en puissance des bundled payments aux EU constitue une solution vraisemblablement efficiente et plutôt astucieuse, alors que l’inscription d’un acte et sa tarification relèvent d’une approche surannée …)

 

Cinq tendances lourdes

Le Special Report*** publié par le même New England en octobre 2017 apporte une vision complémentaire, sensiblement plus utilitaire sinon commerciale.

Il est vrai que le premier auteur est un médecin, impliqué de longue date dans le secteur marchand des services de santé et de surcroît président en 2015 et 2016 de l’American Telemedicine Association (lire son impressionnant déroulé de carrière sous ce lien https://www.tucksonhealthconnections.com/about/). Ce Special Report vaut surtout par un encadré qui reprend les arguments développés dans les colonnes du Journal. Il identifie les cinq « tendances lourdes » qui poussent au développement de la telehealth :

  1. D’abord, un marché très dynamique, avec un flux continu d’innovations technologiques puis de nouveaux produits et un intérêt croissant du public… ce qui intéresse des investisseurs et accroît encore le dynamisme du marché ;
  2. Ensuite, la place croissante et les fonctionnalités de mieux en mieux adaptées de l’informatique professionnelle, sur laquelle se greffent aisément les applications de telehealth;
  3. Puis le contexte démographique défavorable des professions de santé, qui nécessite des solutions de « suppléance » comme la telehealth peut en offrir ;
  4. Également, les opportunités offertes par la réorganisation en cours du système de santé américain; nombre des possibilités offertes par la telehealth étant cohérentes avec les objectifs de maîtrise des coûts et de satisfaction accrue du patient.
  5. Enfin, l’importance croissante prise par les patients, ainsi que leur potentiel « consumériste » qui les conduit de plus en plus à recourir à des services accessibles grâce à la telehealth comme, par exemple, l’accès en temps réel à un avis médical, ou plus simplement le renouvellement d’une prescription… Et bien d’autres choses encore, à l’image de ce qui se passe dans d’autres secteurs que la santé.

 


Sources

* Dorsey ER, Topol EJ. State of Telehealth. 2016 Jul 14;375(2):154-61. doi: 10.1056/NEJMra1601705.
** http://www.modernhealthcare.com/article/20170421/NEWS/170429950
*** Tuckson RV1, Edmunds M1, Hodgkins ML1.Telehealth – N Engl J Med. 2017 Oct 19;377(16):1585-1592.


Jean-Michel Chabot
Professeur émérite de santé publique.
Secrétaire de la conférence de Doyens médecine (1998-2002).
Conseiller du Ministre Jean François Mattéi (2002-2004).
Membre de la commission nationale des études de santé (2010-2017).
Conseiller médical de la présidence de la HAS (2010 – mai 2017).


 

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