Infox, discours pseudo-scientifiques, contenus viraux sortis de leur contexte : la qualité de l’information en santé s’impose comme un enjeu de santé publique. Dans le cadre de notre partenariat avec le Festival de la Communication Santé, nous avons plongé dans les archives de La Veille Acteurs de Santé pour mesurer l’importance du sujet pour les acteurs de santé.
Institutions, chercheurs, professionnels, médias et plateformes sont désormais interpellés. Face à un phénomène dont les conséquences peuvent aller de la défiance au renoncement à des traitements, les initiatives se multiplient. Avec une conviction qui progresse : produire une information juste ne suffit plus, encore faut-il qu’elle soit comprise, visible et présente là où les citoyens la cherchent.
Par Renaud Degas, Directeur de l’agence de presse Pi+ et de la rédaction de La Veille Acteurs santé.
Une préoccupation devenue institutionnelle
Le sujet n’est pas nouveau. Dès 2020, une enquête Viavoice pour Harmonie Mutuelle relayée par La Veille indiquait que 44 % des Français déclaraient avoir déjà été confrontés à des fake news et que la moitié d’entre eux reconnaissaient leur avoir accordé du crédit. Surtout, les conséquences potentielles étaient déjà identifiées : abandon de traitements, refus de vaccination ou utilisation de substances dangereuses.
Cinq ans plus tard, la préoccupation a changé d’échelle. En juillet 2025, La Veille consacrait une analyse à la désinformation médicale et relevait que 66 % des Français considéraient le domaine médical comme particulièrement exposé aux fake news. Réseaux sociaux et plateformes numériques ont profondément transformé la circulation de l’information : les contenus les plus visibles ne sont pas nécessairement les plus exacts, mais souvent ceux qui provoquent émotion, inquiétude ou colère.
Le phénomène est d’autant plus difficile à appréhender qu’un petit nombre d’acteurs peut produire un effet considérable. Lors des Journées Franco-Internationales d’Oncologie 2025, Roman Bornstein, directeur des études de la Fondation Jean-Jaurès, soulignait ainsi que 0,01 % des internautes seraient responsables de 80 % des fausses informations en ligne, à partir de travaux portant notamment sur la présidentielle américaine de 2016 et les vaccins.
De l’information à la confiance
L’enjeu dépasse donc le seul fact-checking. La désinformation peut brouiller les repères et fragiliser la relation entre citoyens, science et professionnels de santé. Ces derniers conservent pourtant un capital de confiance important : l’enquête publiée en 2020 plaçait le médecin en tête des sources auxquelles les Français faisaient confiance pour s’informer en santé (92 %), devant les pharmaciens et établissements de santé (84 %).
Pour les acteurs de santé, la question devient alors : comment occuper efficacement l’espace informationnel ? Jean Lessi, directeur général de la HAS, défendait en 2025 des messages clairs, des formats courts et des témoignages concrets. Nicolas Scotté, directeur général de l’INCa, insistait sur la nécessité de diversifier les canaux et de s’appuyer sur les échanges entre pairs. À l’AP-HP, Isabelle Jourdan résumait l’enjeu : ne pas déserter les espaces numériques au risque de laisser d’autres voix occuper le terrain.
Il ne s’agit donc plus seulement de diffuser une information scientifiquement exacte. Elle doit également être accessible, compréhensible, incarnée et adaptée aux usages numériques.
Vers une politique publique de la fiabilité ?
L’année 2025 a marqué une accélération. En août, le ministre de la Santé Yannick Neuder confiait au Pr Mathieu Molimard, à la Pr Dominique Costagliola et au Dr Hervé Maisonneuve une mission d’expertise indépendante. Cinq chantiers étaient alors identifiés :
- création d’un Observatoire national de la désinformation en santé et de baromètres publics ;
- implication accrue des plateformes ;
- programme national d’éducation critique à la santé ;
- réseau d’ambassadeurs scientifiques ;
- et renforcement des dispositifs institutionnels d’alerte et de communication de crise.
En janvier 2026, la remise du rapport à la ministre Stéphanie Rist s’est accompagnée du lancement d’une stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, avec l’ambition affichée de garantir une information « fiable, accessible et compréhensible ».
Cette mobilisation dépasse les pouvoirs publics nationaux. L’ARS Nouvelle-Aquitaine a, par exemple, annoncé une campagne de prévention sur les pratiques de soins non conventionnelles afin de donner au public des repères face aux risques de dérives. En juin 2026, Université Paris Cité, AP-HP, PUMS et Le Point ont également organisé le « Grand Debunk de la Santé », conçu comme un exercice public d’esprit critique : non pas dire au citoyen quoi penser, mais lui apprendre à questionner une information en santé.
Reconquérir l’espace informationnel
Une doctrine semble ainsi émerger : mesurer davantage le phénomène, responsabiliser les plateformes, développer l’éducation critique et rendre les sources fiables plus visibles.
À cela s’ajoute un enjeu de forme. Les institutions ne peuvent plus se contenter de publier des informations validées sur leurs propres supports ; elles doivent maîtriser les codes des réseaux sociaux, travailler avec des professionnels et créateurs de contenus légitimes et répondre rapidement lorsque surgissent rumeurs et controverses. À SantExpo 2026, les conférences consacrées aux fake news et la présence d’influenceurs médecins et professionnels de santé créateurs de contenus figuraient d’ailleurs parmi les initiatives mises en avant par la direction du salon.
La bataille contre les fake-news ne se gagnera donc probablement pas par la seule correction des informations fausses. Elle se joue plus en amont, dans la capacité collective à construire des repères, expliquer les incertitudes scientifiques et créer une relation durable de confiance. Pour les décideurs en santé comme pour les communicants, la qualité de l’information devient ainsi une composante à part entière de la qualité du système de santé.
Les six principales sources issues de La Veille Acteurs de Santé.
- « Quand la désinformation médicale menace la confiance » — 31 juillet 2025
- « Fake news et santé : Harmonie Mutuelle et son magazine Essentiel Santé Magazine dressent le tableau d’une situation préoccupante » — 11 mars 2020 – Enquête Viavoice
- « Lutte contre l’obscurantisme et la désinformation en santé : Yannick Neuder lance une mission d’expertise indépendante » — 27 août 2025
- « Lancement de la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé » — 12 janvier 2026
- « Médecine intégrative, pratiques de soins non conventionnelles : de quoi parle-t-on ? » — 17 novembre 2025
- « Le Grand Debunk de la Santé – désinformation en santé : quatre fausses vérités passées au crible » — 25 juin 2026
Nous avons également utilisé comme source complémentaire l’entretien avec Séverine Gobert, directrice de SantExpo, publié le 16 juillet 2026
À noter que La Veille avait aussi relayé le colloque ministériel du 18 avril 2025 sur la lutte contre l’obscurantisme et la désinformation en santé
