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Innovation en Santé - 15 juillet 2026

Florent Surugue, Snitem : « Nous savons faire naître l’innovation, mais nous peinons encore à la transformer en champions industriels »

À l’occasion de la publication du livre blanc « Faisons grandir les PME françaises du dispositif médical – Comment lever les freins au financement des medtechs ? », réalisé avec l’Institut Sapiens, le Snitem alerte sur les difficultés croissantes rencontrées par les PME et start-up du dispositif médical pour financer leur développement. Alors que le secteur compte près de 1 400 entreprises en France, dont 93 % de PME, l’enjeu n’est plus seulement de faire émerger des innovations, mais de leur permettre de changer d’échelle. Entretien avec Florent Surugue, directeur du développement économique du Snitem.

Entretien par Renaud Degas, Directeur de la publication de La Veille Acteurs de santé.

 

 

Pourquoi le Snitem a-t-il publié ce livre blanc consacré à la question du financement des medtechs ?

Florent Surugue : Cette démarche est d’abord née d’une remontée très concrète de nos adhérents. Nous représentons un secteur composé très majoritairement de PME et de start-up, et de nombreuses entreprises nous ont alertés sur leurs difficultés de financement et de trésorerie. Ces difficultés sont apparues dans un contexte particulier, marqué à la fois par l’entrée en vigueur du nouveau règlement européen sur les dispositifs médicaux et par un environnement économique moins favorable aux levées de fonds.

Nous avons donc lancé, il y a un an et demi, un groupe de réflexion réunissant industriels, entrepreneurs, investisseurs et représentants de BPI France afin de comprendre les mécanismes à l’œuvre. L’objectif était simple : établir un diagnostic partagé et identifier des pistes de solutions.

 

Quels constats majeurs ressortent de ce travail ?

F.S. : Le premier constat est paradoxal. La France dispose d’atouts considérables : une recherche de qualité, des professionnels reconnus, des universités performantes et un financement public de l’amorçage relativement efficace. Nous savons créer de l’innovation.

En revanche, nous rencontrons des difficultés lorsqu’il s’agit de transformer cette innovation en entreprise rentable et pérenne.

Nous sommes performants dans les premières étapes du développement, mais beaucoup moins lorsqu’il faut passer à l’industrialisation, à la commercialisation et à l’internationalisation. C’est précisément à ce moment-là que les besoins financiers deviennent les plus importants.

 

« Aujourd’hui, beaucoup d’incertitudes pèsent sur les entreprises du dispositif médical. Lorsqu’un investisseur n’est pas capable d’évaluer clairement les délais, les coûts ou les perspectives d’accès au marché, il devient naturellement plus prudent. »

 

Le livre blanc évoque un tarissement du financement lors de la phase de croissance. Pourquoi ?

F.S. : Parce que les investisseurs ont besoin de visibilité. Un fonds d’investissement raisonne généralement sur des horizons de cinq à dix ans. Pour investir aujourd’hui, il doit être capable d’anticiper ce que sera l’entreprise demain, quelles seront ses perspectives de marché, ses revenus et ses possibilités de sortie.

Or, aujourd’hui, beaucoup d’incertitudes pèsent sur les entreprises du dispositif médical. Lorsqu’un investisseur n’est pas capable d’évaluer clairement les délais, les coûts ou les perspectives d’accès au marché, il devient naturellement plus prudent. Cette imprévisibilité constitue l’un des principaux freins au financement du secteur.

 

Quels sont précisément les verrous identifiés ?

F.S. : Deux sujets ressortent très nettement. Le premier concerne les contraintes réglementaires. La certification des dispositifs médicaux est devenue plus longue, plus complexe et plus coûteuse avec le règlement européen MDR. Le livre blanc rappelle qu’elle peut atteindre jusqu’à trois ans et coûter plusieurs centaines de milliers d’euros.

Le second verrou est celui de l’accès au marché et du remboursement. Pour les entreprises, l’incertitude sur les délais d’évaluation et de prise en charge représente un risque majeur. Lorsqu’une innovation met trop de temps à être reconnue ou remboursée, cela fragilise le modèle économique de l’entreprise et décourage les investisseurs.

 

Cela peut-il conduire les entreprises à se développer ailleurs qu’en France ?

F.S. : Oui, et c’est un risque réel. Certaines entreprises choisissent déjà de lancer leurs innovations en priorité sur d’autres marchés où les procédures sont plus rapides ou plus lisibles.

Cela crée un double effet négatif. D’une part, les patients français accèdent plus tardivement aux innovations. D’autre part, la valeur créée se déplace vers d’autres territoires. Les investisseurs suivent naturellement les marchés les plus attractifs. Si le développement commercial s’effectue ailleurs, les financements, les emplois et parfois même les centres de décision finissent par suivre.

 

« La première étape consiste à assumer des choix stratégiques. Nous ne pourrons pas être leaders sur tous les segments du dispositif médical. »

 

Vous reliez également cette question au débat sur la souveraineté sanitaire…

F.S. : Absolument. La souveraineté ne se limite pas à la production industrielle. Elle repose aussi sur notre capacité à faire émerger, financer et développer des entreprises innovantes sur le territoire.

La crise du Covid a montré les risques liés à certaines dépendances. Nous avons été capables de réagir rapidement, mais nous n’avons pas toujours transformé ces réactions d’urgence en stratégie de long terme. Pour construire une véritable souveraineté sanitaire, il faut une vision durable, des priorités clairement définies et une continuité dans les investissements.

 

Comme d’autres acteurs du secteur, le livre blanc appelle justement à faire émerger des « champions » français. Comment y parvenir ?

F.S. : La première étape consiste à assumer des choix stratégiques. Nous ne pourrons pas être leaders sur tous les segments du dispositif médical. En revanche, nous pouvons identifier les domaines dans lesquels la France possède un avantage compétitif et décider d’y investir durablement.

Cela suppose une vision pluriannuelle portée par les pouvoirs publics, mais aussi l’implication de toute la chaîne de valeur. Il ne suffit pas de soutenir la recherche. Encore faut-il que les innovations trouvent leur place dans le système de santé, soient achetées par les établissements et puissent démontrer rapidement leur valeur.

 

« La France dispose encore d’atouts exceptionnels pour rester une grande nation des medtechs. Mais si nous voulons conserver cette position, il faut désormais donner aux entreprises les moyens de grandir. »

 

Qu’attendez-vous désormais de ce livre blanc ?

F.S. : Nous souhaitons d’abord nourrir le débat public. Ce document intervient à un moment où les questions de souveraineté, de compétitivité et de financement de la santé deviennent centrales. Il apporte un éclairage sur la situation actuelle du secteur et formule des recommandations concrètes : simplification réglementaire, accélération des procédures de certification et de remboursement, renforcement du soutien à l’industrialisation, création d’un guichet unique de type « BPI santé » ou encore mobilisation de l’épargne vers l’innovation.

Ce livre blanc constitue aussi une brique importante de nos futures propositions pour les échéances politiques à venir. Notre message est simple : la France dispose encore d’atouts exceptionnels pour rester une grande nation des medtechs. Mais si nous voulons conserver cette position, il faut désormais donner aux entreprises les moyens de grandir.

Nous savons faire naître l’innovation. L’enjeu est maintenant de lui permettre de devenir un moteur de croissance, d’emploi et de souveraineté sanitaire.

 

 

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Crédit photo portrait Florent Surugue : Thierry Foulon

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