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L’oeil de la rédaction - 12 novembre 2025

« C’est très proche de ce que font les Compagnons du Devoir : aller voir, faire et apprendre au contact d’autres » – Dr Roland Schott, GFPC Académie

À la tête de la GFPC Académie – le programme de formation et d’accompagnement du Groupe Français de Pneumo-Cancérologie (GFPC) – le Dr Roland Schott défend une vision chaleureuse et exigeante de la recherche clinique en oncologie thoracique. Clinicien au quotidien, chercheur par conviction, il revendique un modèle « de compagnonnage » pour accompagner les jeunes médecins dans leurs premiers pas de chercheurs. Objectif : transmettre des méthodes, une culture, un réseau… mais surtout une envie durable d’innover. Il revient sur un dispositif inspirant pour booster la recherche clinique en France. 

 

Propos recueillis par Renaud Degas

 

Quel est le rôle du GFPC et ses missions ?

Dr Roland Schott – Le Groupe Français de Pneumo-Cancérologie est un groupe académique qui réunit plus de 100 centres hospitaliers en France – CHU, centres de lutte contre le cancer, hôpitaux généraux et parfois militaires. Notre cœur de mission, c’est la recherche clinique dans le cancer broncho-pulmonaire. Nous élaborons des essais indépendants, souvent sur des questions que l’industrie ne traite pas, faute de modèle économique direct : nouvelles stratégies thérapeutiques, données de vie réelle, protocoles alternatifs…

Nous avons aussi une mission de formation : diffuser les connaissances issues des grands congrès internationaux et faire progresser la pratique.

 

C’est dans ce cadre qu’est née la GFPC Académie. Quel en est le principe ?

Dr R.S. – L’idée est simple : aider de jeunes médecins thésés à faire leurs premiers pas en recherche, en les accompagnant du début à la fin d’un projet. Souvent, la motivation est là, mais ils ne savent pas « comment faire ». On leur demande de choisir un sujet, de faire un état des lieux, puis on les accompagne pour structurer, présenter et publier. Cela peut aller jusqu’à la communication dans un congrès national.

Chaque participant avance avec un coach, membre du GFPC. C’est un véritable compagnonnage : on travaille côte à côte, on montre, on explique, on guide.

 

« Transmettre, accompagner, donner confiance. Nous offrons une première marche vers une carrière de recherche, mais surtout, nous essayons de donner envie de continuer. Parce qu’au bout du chemin, il y a la finalité la plus simple et la plus forte : soigner mieux les patients. »

 

 

Ce principe de compagnonnage est assez singulier dans la recherche médicale…

Dr R.S. – Oui, mais je crois beaucoup à la transmission par l’expérience, à l’exemple et au lien humain. La médecine ne s’apprend pas uniquement dans les livres ni dans les cours. Elle s’apprend avec les patients, dans les services, avec ceux qui ont déjà traversé certaines situations.

C’est très proche de ce que font les Compagnons du Devoir : aller voir, faire, et apprendre au contact d’autres. Je suis convaincu que la recherche clinique doit garder cette dimension très concrète et humaine.

 

Constatez-vous encore une envie de recherche chez les jeunes médecins ?

Dr R.S. – Oui, et c’est même l’une des grandes forces de l’oncologie. C’est une spécialité en mouvement permanent : nouvelles molécules, immunothérapies, biothérapies… Cela attire des jeunes qui ont envie de participer au progrès médical.

Mais l’accès à la recherche peut être décourageant : il faut connaître les circuits, les équipes, les financements, les modes de diffusion. La GFPC Académie sert précisément à ouvrir ces portes.

 

Et quel impact avez-vous constaté après dix promotions ?

Dr R.S. – Il est très concret. Beaucoup de nos anciens sont aujourd’hui praticiens hospitaliers, universitaires ou professeurs des universités, très investis dans des essais cliniques. Certains sont même entrés au conseil d’administration du GFPC.

Le programme crée aussi un réseau actif : les participants restent en contact, se sollicitent, montent des projets ensemble. Et pour la recherche, c’est essentiel : quand un essai doit inclure 200 patients, le fait d’avoir 100 centres mobilisables permet d’avancer vite.

 

Dans un contexte où l’on dit la recherche française en difficulté, votre modèle pourrait-il être élargi ?

Dr R.S. – Je le pense, oui. Nous avons besoin de former et de retenir une génération de médecins impliqués dans la recherche clinique. Cela demande du temps, du soutien, de la reconnaissance, mais aussi de la rencontre : on ne fait pas de la recherche seul.

Après la pandémie, nous l’avons tous vu : les échanges en visio ne remplacent pas le présentiel. Une discussion improvisée à la sortie d’une session peut changer une trajectoire. La recherche avance aussi par les liens humains.

 

En savoir plus sur le Groupe Français de Pneumo-Cancérologie (GFPC)

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