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Contrepoints de la Santé - 23 mai 2019

Contrepoints de la Santé : L’Europe de la santé mais encore ?

Intégrale, extraits vidéos et synthèse – Les récentes élections européennes ont été l’occasion de porter, une nouvelle fois, la santé au cœur du débat. Les Contrepoints de la santé, organisés le 15 mai, n’ont pas dérogé à la règle. Le député européen sortant Philippe Juvin (Les Républicains) ainsi que les candidats Nora Berra (UDI), François Desriaux (EELV) et Véronique Trillet-Lenoir (LREM), ont répondu à une double question centrale : faut-il plus d’Europe pour la santé ? Et si oui, comment ?

 


Un évènement en partenariat avec :


Intégrale du débat


Quand les États joueront le jeu…

Quelle mesure phare l’Europe pourrait-elle initier dans le domaine de la santé ? Pour Philippe Juvin, désormais ex-député européen (Les Républicains), l’important est que « le débat ne parte pas n’importe comment et que les États membres cessent d’avoir un double langage en demandant plus d’Europe de la santé et en en faisant moins ». A ses yeux, en effet, « les États membres sont en réalité les freins à la santé en Europe. Tant qu’ils ne joueront pas le jeu, cela n’avancera pas ».

Nora Berra, membre de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), s’alarme, elle, de la rumeur – qui serait au demeurant une fake news – de voir disparaître, au sein de la Commission européenne, la Direction générale Santé au profit d’une Direction générale Croissance qui intégrerait la santé et le médicament. L’ancienne secrétaire d’État à la Santé ne veut pas que l’on « regarde la santé uniquement sous le prisme économique et financier ». Autre urgence, au nom de la solidarité : « aider les pays qui se développent et qui n’ont pas encore les standards des pays d’Europe de l’Ouest ». Autrement dit, faire converger les protections sociales, l’Europe ne devant pas être un frein à la chose en invoquant à tort et à travers le principe de subsidiarité.

Pour Europe Écologie Les Verts (EELV), François Desriaux plaide, de son côté, pour que l’on privilégie, à l’échelle de l’UE, la prévention, laquelle relève précisément de la compétence de l’Europe. Autre impératif : la protection contre les facteurs environnementaux délétères pour la santé, telle la pollution de l’air. Quitte, pour cela, à créer une instance sanitaire européenne experte et indépendante chargée d’évaluer l’ensemble des substances toxiques qui menacent les populations. Véronique Triller-Lenoir, tout récemment élue députée européenne (LRM), reprend à son compte la prévention comme priorité tout en souhaitant que le Parlement européen « exige et contrôle davantage » qu’il ne le fait aujourd’hui.


Les extraits

Les voeux du député Philippe Juvin pour l’Europe de la santé

Privilégier la solidarité en Europe de la santé


Pour un lobbying éclairé et intègre

A ce sujet, Philippe Juvin, rappelle qu’au Parlement européen, « le député fait la loi et l’écrit » et que pour cela, « il doit être éclairé ». Il est donc essentiel qu’il rencontre les lobbies de tous bords. L’important n’est donc pas de lutter contre ces derniers mais bel et bien « d’avoir un esprit indépendant » et de faire les choses « en toute transparence ». Certes, admet Nora Berra, dans la mesure où l’important est « l’éthique que l’on s’octroie soi-même ».

Il n’en demeure pas moins que la lutte à mener est celle contre « les conflits d’intérêts ». Ce qui incite François Desriaux à recommander de distinguer clairement les lobbies qui défendent les intérêts publics de ceux qui se font les hérauts de causes privées, histoire de « savoir à qui l’on a affaire ». A cette fin, rien de mieux que de mettre en place une Haute autorité de la transparence au niveau européen et d’obliger chaque élu à rendre publics les comptes-rendus de ses rendez-vous avec les influenceurs. C’est que, affirme-t-il, « les scandales européens pervertissent l’idée de l’Europe aux yeux de nos concitoyens ». Illustration du phénomène, la peu glorieuse affaire du glyphosate.

Erasmus pour tous et en… anglais

Toujours est-il que l’Europe est aussi un terreau d’opportunités. Ainsi, dans le domaine de la formation avec, entre autres, le dispositif Erasmus. Nora Berra veut d’ailleurs « le démocratiser et l’institutionnaliser pour tous les jeunes et ne pas le réserver à une élite ». Pourquoi ne pas, également, proposer à des internes en fin de cursus d’aller échanger des bonnes pratiques avec leurs comparses d’autres pays membres de l’UE ? Pour généraliser Erasmus, Véronique Triller-Lenoir est prête à en tripler le budget.

Autre piste : la création d’un réseau d’une vingtaine d’universités européennes, ce qui serait « un moyen d’harmoniser par le haut les cursus et les diplômes et de booster la recherche coopérative européenne ». Soit. A ceci près, tempère Philippe Juvin, qu’il faut faire avec la barrière de la langue, les jeunes Français n’étant pas « les champions du monde de l’anglais »


Renforcer la Prévention par la transparence dans l’Europe de la santé

La santé environnementale par le contrôle des lobbies en Europe


Qualifications professionnelles et homogénéisation

Reste le sujet sensible de la Directive européenne sur la reconnaissance des qualifications professionnelles, votée en 2013. Loin de reconnaître les effets pervers de ce texte qui risque pourtant de faciliter l’exercice, dans l’Hexagone, de professionnels de santé ne disposant pas du niveau de formation requis, l’élu des Républicains estime que « l’on a fait beaucoup de progrès mais (que) les États membres ont mis beaucoup de limites ». Et ce, sachant que « dès que l’on a un marché unique avec une libre circulation des personnes et des services, on ne peut pas limiter la libre circulation des professionnels, y compris de santé ».

Pas sûr que pareil discours convinque tout le monde quand bien même Philippe Juvin réclame-t-il, dans le même temps, plus « d’homogénéisation » dans la mesure où « l’on n’aura pas une Europe de la santé si l’on continue de voir des infirmiers faire des choses différentes d’un pays à l’autre ».

Le médicament, une question de prix et de stocks

Le médicament est également un sujet de prédilection de l’Europe de la santé. Si, dixit Philippe Juvin, « il est illusoire de penser que durant cette nouvelle mandature, il y aura un nouveau règlement sur les essais cliniques », il faut néanmoins faire plus en matière d’harmonisation des prix des médicaments, réclame Véronique Triller-Lenoir.

Pour éviter les ruptures de stocks et que le Vieux Continent soit autonome en la matière, sachant que 80 % des principes actifs sont produits hors de l’UE (en l’occurrence, en Chine et en Inde), Nora Berra évoque un panel de solutions : rapatrier des sites de production sur le territoire européen ; lancer des investissements importants afin de faire émerger « nos propres filières industrielles » ; partager l’information au niveau européen sur l’état des stocks et anticiper les manques.

Autres pistes annoncées par François Desriaux : un contrôle du Parlement sur le financement des recherches publiques pour développer certaines molécules et accorder davantage de place aux associations d’usagers gage de transparence.


Quel grand projet pour l’Europe de la santé ?

L’Europe et le médicament


Rechercher quoi ?

L’Europe, c’est aussi la recherche. Là, chacun suggère, pêle-mêle, de mettre l’accent sur les maladies rares et les cancers pédiatriques, autant de niches qui ne mobilisent guère les industriels, déplore Véronique Triller-Lenoir ; sur l’Intelligence artificielle (IA) dans le sillage des investissements faramineux des Gafam et l’antibiorésistance qui inquiète Nora Berra ; ou encore, sur le cancer et les maladies liées au vieillissement, les grands plans de recherche étant forcément européens, assure Philippe Juvin. Enfin, François Desriaux milite en faveur d’une « recherche sociotechnique pour améliorer la qualité de l’eau et de l’air, supprimer certaines molécules et savoir comment les remplacer en trouvant des alternatives au tout pesticide ou au tout polluant ».

Surtout, l’Europe a vocation à faire office de garde-fou, ici pour préserver le droit à la santé et en particulier les droits génésiques, là pour bâtir une sécurité socio-environnementale qui serait financée, explique EELV, par une taxe sur les produits polluants et qui assurerait une compensation aux gens qui en sont victimes. Vaste programme.

Alexandre Terrini


Débat organisé et animé par Philippe Leduc (LDC Santé), Pascal Maurel (Ortus) et Renaud Degas (La Veille des acteurs de la Santé – Presse Infos +) au Restaurant Opéra.

En partenariat avec Le Groupe Pasteur Mutualité, Groupe Point Vision, MSD, Carte blanche, Qare, et BVA.


 

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