Études de médecine : moins violentes, plus ouvertes

Intégrale et extraits vidéos, synthèse – En passe de voir ses modalités finalisées, la réforme des études médicales, censée entrer en vigueur en septembre 2020, entend élargir les profils des candidats, concourir à leur mieux-être durant leur scolarité et enfin, privilégier dans les apprentissages l’acte de soigner et non l’accumulation encyclopédique de connaissances théoriques. C’est ce qu’a expliqué Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, lors des Contrepoints de la santé, organisés le 19 février à Paris.

 

 


Un évènement en partenariat avec :


 

« Remettre l’étudiant au cœur du système et mettre tout le monde autour de sa réussite » : c’est bel et ben le fil rouge auquel se tient le Gouvernement à l’heure de revoir de fond en comble les études de médecine. Une réforme qui se veut « systémique » et qui concerne donc les quatre orientations que sont la médecine, la pharmacie, l’odontologie et la maïeutique (sage-femme).

 


Intégrale du débat


 

Un système qui porte atteinte à l’estime de soi

Pourquoi cette refonte ? Parce que la configuration actuelle tue dans l’œuf les talents et broie les bonnes volontés. « Il faut partir du constat qu’aujourd’hui, nous avons énormément de jeunes et de lycéens brillants qui se retrouvent en Paces et qui se transforment en étudiants en situation d’échec lors du concours. On leur dit : “Venez travailler mais ce n’est pas parce que vous travaillerez que vous serez dans une situation de réussite“. C’est un système qui porte atteinte à l’estime de soi et à la confiance en soi. Les études de santé s’étaient peu à peu transformées en une compétition et un marathon incessant », justifie Frédérique Vidal.

 

« Être dans un processus de réussite »

Bref, il fallait tout revoir – suppression du numerus clausus, nouvelles ECN (Épreuves classantes nationales), remodelage complet de la Première année commune des études de santé (Paces) – et non pas verser dans la demi-mesure aux effets marginaux. Avec une priorité intangible qu’a rappelé la ministre : faire en sorte que « le jeune, qu’il réussisse ou pas les examens sélectifs qui permettent d’entrer dans les études de santé, soit dans un processus de réussite ». Soit mais comment ? « En supprimant les tuyaux » et en instaurant « un grand champ disciplinaire dans lequel on choisit des disciplines et l’on construit petit à petit son parcours », répond Frédérique Vidal.


Extraits


 

« De véritables alternatives pour accéder aux études médicales »

En clair, pour accéder aux études de santé, toujours via Parcoursup, chacun aura désormais la possibilité de composer, à la carte et au gré de ses appétences, le contenu pédagogique de sa première année universitaire. Celui-ci pourra comporter, au choix, majoritairement des disciplines de santé et, dans une proportion minoritaire, d’autres disciplines complémentaires de tous ordres (informatique, mathématiques, droit, philosophie…) ou inversement. Autrement dit, lors de ladite première année, il n’y aura aucune obligation que les matières dites majeures se rapportent expressément à la santé, ce domaine ne pouvant concerner que les matières dites mineures au programme que se sera concocté l’étudiant.

Quel sera le ratio entre les majeures et les mineures ? Il n’a pas encore été arrêté mais il ne sera pas emprunt du sceau de la disproportion. Et ce, au nom de l’éclectisme. « Il faut que ce soient de véritables alternatives pour accéder aux études médicales, insiste la ministre. Nous avons besoin de futurs médecins qui soient divers. On ne veut pas sélectionner de manière uniforme ni uniquement sur certaines capacités, sans prendre en compte tout ce que les étudiants sont capables de faire. » Noble et belle ambition.

 

Une liste d’admissibles et un examen d’admission

Reste qu’à l’issue de ces douze premiers mois sur les bancs de la fac, tous ne seront pas admis à suivre des études de médecine. A ceci près que pour atteindre le Graal, il ne faudra plus passer par les mêmes fourches caudines. Finis donc ces satanés QCM, véritable machine à scléroser les têtes bien faites. Certes mais comment se fera l’écrémage dès lors qu’est officialisée la disparition, en grande pompe, du concours d’entrée telle qu’on l’a connu ? « A l’issue de la première année d’études, on regardera une première chose : l’excellence académique, les résultats que les étudiants ont obtenus dans chaque discipline, précise Frédérique Vidal. A partir de ces résultats, on établira une liste d’admissibles qui seront soumis à un examen d’admission avec notamment un oral. » Sachant que les modalités de l’admission n’ont, à ce jour, pas été actées et font l’objet de discussions entre l’ensemble des parties. Une chose est sûre : la procédure sera la même pour tous et partout.

 


Extraits


De la sélection à la sélectivité

Que se passera-t-il pour ceux qui ne franchiront pas l’obstacle ? Ils effectueront une deuxième année qui leur permettra d’approfondir les unités d’enseignement autres que celles de santé et qu’ils ont suivies en première année. En somme, de poursuivre leur cursus comme si de rien n’était ou presque. Néanmoins, il auront la possibilité de retenter une fois leur chance. Mais il ne faut pas s’y tromper, « seule une partie des étudiants continueront dans le cadre d’une deuxième année d’études dédiée aux études de santé. Les autres continueront dans d’autres deuxièmes années », prévient Frédérique Vidal. Qui avoue que la sélection drastique va progressivement laisser place à la sélectivité. Ne serait-ce qu’au nom du manque de praticiens et de la nécessité de combler les déserts médicaux. 20 % d’étudiants en plus sont ainsi attendus même si leur ventilation géographique sera décidée par les universités et les ARS en fonction des besoins.

De la souplesse également géographique

Maître mot du dispositif, la souplesse sera aussi géographique. En clair, il sera possible de suivre sa première, voire sa deuxième année (en cas de non admission à l’issue de la première) dans n’importe quelle université et non plus exclusivement dans une université qui abrite une faculté de médecine. Seuls les heureux élus seront tenus d’intégrer l’une d’elles. De même en ce qui concerne les stages durant le cursus : ceux-ci pourront avoir lieu dans diverses structures (à l’hôpital, en ambulatoire, en Maison de santé pluridisciplinaire – MSP…) et n’importe où sur le territoire national. Là, la visée est claire : favoriser un meilleur maillage territorial et éviter que les étudiants s’installent automatiquement dans la ville où ils ont étudiés ou, du moins, à proximité.

 


Extrait


Élargir l’horizon et diversifier les compétences

Élargir l’horizon des futurs professionnels de santé et ce, dès leur formation : tel est le leitmotiv de l’action gouvernementale. C’est pourquoi les enseignements viseront à diversifier leurs compétences en faisant la part belle à la démarche de prévention, à la relation au patient mais aussi à celle avec les autres professionnels de santé ou encore, à la gestion d’un cabinet. Dans cette optique, les expériences à l’étranger (Erasmus par exemple) mais aussi la conduite de projets de recherche seront en outre (re-)valorisés.

La recherche, justement, doit faire prochainement l’objet d’une loi de programmation. Quitte à donner lieu à de savants soupesages, à l’heure où, dixit la ministre, « on est sur une ligne de crête entre la connaissance perçue comme progrès et la connaissance perçue comme quelque chose qui fait peur et qui va finir par nous aliéner ». Sans compter, l’impérieuse nécessité de mettre l’accent sur l’attractivité, notamment salariale, des carrières de chercheur.

 

Synthèse par Alexandre Terrini (Presse infos+)

 


Débat organisé et animé par Philippe Leduc (LDC Santé), Pascal Maurel (Ortus) et Renaud Degas (La Veille des acteurs de la Santé – Presse Infos +) au Restaurant Opéra.

En partenariat avec Le Groupe Pasteur Mutualité, Groupe Point Vision, MSD, Carte blanche, Qare, et BVA.


 

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