Transformation du système de santé : pragmatisme ou navigation à vue ?

Synthèse par Alexandre Terrini – Le débat organisé le 28 juin dernier dans le cadre des Contrepoints de la Santé avait pour invités deux duellistes : d’un côté, Olivier Véran, neurologue, député (LREM) de l’Isère et rapporteur général de la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale ; de l’autre, Jean-Carles Grelier, avocat, député de la Sarthe et spécialiste des questions de santé au sein du groupe des Républicains à l’Assemblée nationale. Synthèse.

 

 


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Une demande sociétale

Un quart des Français, en particulier les ouvriers et les non diplômés, ne s’estiment pas pris en charge comme il le faudrait. Par ailleurs, les deux tiers estiment que le système de santé s’est dégradé au cours des dernières années. Leurs priorités sont, par ordre d’importance, le développement des soins de proximité, l’instauration du reste à charge zéro, une réelle pertinence des soins et son corollaire, des mesures destinées à éviter le gaspillage et les actes redondants. Ce qui passe, pêle-mêle, par la réduction des inégalités sociales, une meilleure organisation des professionnels de santé ou encore, l’essor de de la digitalisation.

 

Un discours anxiogène

Rien de très nouveau sous le soleil mais une ritournelle à la longue contre-productive pour Olivier Véran : « Ce discours volontiers relayé par les politiques sur un système qui serait à bout de souffle et qu’il faudrait réformer est anxiogène pour une partie de la population. » Et de déplorer que l’on banalise le Reste à charge (Rac) zéro, rebaptisé par la grâce de la sémantique, le 100 % santé, l’une des promesses majeures du candidat Macron, aussitôt dite, presque aussitôt faite, un an après son entrée à l’Élysée. « Bravo pour zéro le reste à charge », consent son compère du camp d’en face, Jean-Carles Grelier, avant de jouer les esprits chagrins et d’agiter gaillardement le chiffon rouge. « 500 million d’euros de charges supplémentaires assumés par les mutuelles : quelle sera la traduction en termes de cotisations ? Si celles-ci venaient à croître de manière substantielle, il y aurait le risque de voir des gens qui, de nouveau, s’excluraient du système de santé. »

 

Finies les grandes lois

Le représentant de l’opposition est dans son rôle en accordant peu de bons et beaucoup de mauvais points au pouvoir en place : « Le Gouvernement n’a pas pris la mesure, à son arrivée au pouvoir, des enjeux que représente, pour nos concitoyens, la santé. » Vraiment ? Puis vient le traditionnel soupçon de naviguer consciencieusement à vue : « Aujourd’hui, on n’a pas de calendrier. On ne sait pas très bien où l’on va ni comment. (…) Il est urgent d’entendre les territoires qui disent leur inquiétude. On n’a rien réglé de la démographie médicale ni de la situation des hôpitaux. La pire des choses serait de vouloir faire une énième réforme qui laisserait un énième nom dans l’Histoire et qui se traduirait par un énième échec. » Sur ce point, Olivier Véran acquiesce : « Il ne faut pas passer par une grande loi mais par la voie réglementaire. »

 

Les CPTS, remède miracle

Certes mais pour faire quoi ? Se refusant à se livrer à « une condamnation générale de ce qui se fait aujourd’hui » car « on n’est pas dans un mauvais système de santé », Jean-Carles Grelier verse dans l’incantatoire, demande que l’on « parle de santé et non pas exclusivement de soins » mais également que l’on « remette le patient au cœur du dispositif ». Avec quels grands moyens pour ces grandes idées ? En développant les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) afin de « mettre en réseau les professionnels de santé mais aussi les établissements » et que tout ce petit monde « travaille en horizontalité, ce qui n’est jamais arrivé ». Le député des Républicains aspire à « reconstruire un système de santé sur la base de ces communautés avec des financements qui pourraient être ceux ces collectivités locales ». Le tout sans trop de Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) qui sont « un moyen, pour les politiques, de se dédouaner ». Par ailleurs, mieux vaudrait sortir du cadre culturel qui consiste à cantonner culturellement les gens à leur spécialité et à ce qu’ils ont le droit de faire.

 

Labelliser les établissements qui garantissent un Rac zéro

Quoi que l’on fasse, il faudra veiller à ne pas trop bourse délier. Même si l’Exécutif a promis un Ondam en hausse annuelle de 2,3 % pendant cinq ans, gage, dixit Olivier Véran, « de lisibilité et de visibilité », « l’objectif reste la réduction de la dépense publique, laquelle concerne aussi la Sécurité sociale ». Dans ce contexte, il est de bon ton de récompenser les bons élèves, par exemple en labellisant les établissements de santé qui garantissent un reste à charge zéro. Autre voie prometteuse : la promotion des parcours de soins et, plus précisément, des épisodes de soins. En somme, revoir l’organisation pour favoriser la pertinence. Dans un autre registre, il conviendrait de « repenser notre système pour ne pas corréler davantage l’accès aux complémentaires au droit du travail ». Pareil « non-sens, concession faite aux organisations syndicales, laisse en effet de côté les personnes à la retraite ou au chômage ainsi que les étudiants ».

 

Le plancher plutôt que le plafond

Gauche, centre et droite se retrouvent sur des thèmes plus enclins à faire consensus et d’abord sur ce serpent de mer qu’est la réforme des études de médecine. Jean-Carles Grelier milite pour que l’on « revoie le mode de sélection des étudiants en fin de Paces » car il est « inacceptable de les sélectionner via des QCM exclusivement scientifiques » sous peine de se priver de profils qui pourraient amplement faire carrière. Autre vœu pieux, la suppression du classement national en fin de cursus, lequel aboutit à créer « une hiérarchie entre les spécialités médicales » dont le parent pauvre est la médecine générale. Olivier Véran, lui, dénonce le numerus clausus qui « ne sert à rien si ce n’est à empêcher les étudiants français de faire médecine en France ». Il serait donc pertinent donc remplacer « le plafond » par « un plancher ». Et d’arrêter d’alourdir le socle de connaissances médicales communs à tous les étudiants, lesquels finissent par l’oublier une fois qu’ils exercent. Ce qui ne signifie pas pour autant instaurer une filiarisation précoce à l’heure où la complémentarité entre médicaux et paramédicaux doit terrasser le cloisonnement qui les fait, à ce jour, « travailler en silo ».

 

 


Organisé et animé par Philippe Leduc (LDC santé), Pascal Maurel (Ortus) et Renaud Degas (La Veille des acteurs de la Santé – Presse Infos +) au Restaurant Opéra.

En partenariat avec Le Groupe Pasteur Mutualité, Groupe Point Vision, MSD, Carte blanche, Inter Mutuelles Assistance, et BVA.


 

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