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Paroles de partenaires - 16 février 2026

Pr Marc-Olivier Gauci, président du congrès MedInTechs Society : « Les soignants restent centraux, mais ils ne sont plus seuls. »

Chirurgien orthopédiste au CHU de Nice et président du congrès MedInTechs Society, le Pr Marc-Olivier Gauci défend une vision résolument collective de l’innovation en santé. Pour lui, la médecine et la chirurgie de demain ne pourront se développer qu’au croisement des soignants, des ingénieurs, des data scientists et des entrepreneurs. MedInTechs Society, dont La Veille Acteurs de santé a le plaisir d’être partenaire média, se veut le lieu de ce dialogue stratégique.

 

Propos recueillis par Renaud Degas

 

 

Vous êtes chirurgien orthopédiste et très engagé dans l’innovation. Pourquoi présider un congrès comme MedInTechs Society ?

Pr Marc-Olivier Gauci. Parce que mon activité clinique illustre précisément les transformations en cours. Je suis spécialisé en chirurgie de l’épaule, avec une pratique à la fois programmée et traumatologique. Comme tout chirurgien, j’opère, je prends en charge des patients, j’assure un suivi. Mais au-delà de cette activité « classique », j’ai développé un laboratoire autour du jumeau numérique. Nous créons, à partir de données d’imagerie et de données cliniques, des modèles 3D personnalisés qui permettent de planifier l’intervention, de positionner virtuellement des implants, puis d’appliquer ces plans au bloc opératoire grâce à des outils comme la navigation, la robotique ou l’impression 3D.

Très vite, on comprend que cela dépasse largement l’acte chirurgical lui-même. Derrière ces outils, il y a des ingénieurs, des spécialistes du traitement des données, des industriels. Présider MedInTechs Society, c’est justement porter cette vision élargie de la médecine.

 

Finalement, les outils que l’on voit au bloc – robot, réalité augmentée, guides imprimés en 3D – ne sont que la concrétisation visible d’un travail collectif en amont.

 

En quoi le jumeau numérique illustre-t-il cette nouvelle manière de travailler ?

Pr M-O. G. Le jumeau numérique ne peut exister sans données. Et la donnée, aujourd’hui, est centrale. Nous avons mis en place un entrepôt de données de santé pour collecter, avec le consentement des patients et dans un cadre réglementaire strict, des informations de qualité. Ces données alimentent ensuite les modèles numériques.

Mais pour qu’elles soient exploitables, il faut des compétences spécifiques : data scientists, ingénieurs logiciels, experts en cybersécurité, spécialistes du cadre réglementaire. Le chirurgien seul ne peut pas porter cela. Il doit travailler en équipe élargie.

Finalement, les outils que l’on voit au bloc – robot, réalité augmentée, guides imprimés en 3D – ne sont que la concrétisation visible d’un travail collectif en amont. Le robot n’est pas « intelligent » par magie : il exécute un plan construit grâce à des données traitées et validées par toute une chaîne d’acteurs.

 

Diriez-vous qu’on ne peut plus penser la médecine uniquement entre soignants ?

Pr M-O. G. Absolument. Et j’irais même plus loin : c’est une transformation profonde des métiers. Le chirurgien d’aujourd’hui n’exerce déjà plus comme il y a trente ans. Nous avons désormais une vision longitudinale du patient : du préopératoire au suivi à long terme. Nous devons évaluer nos résultats, documenter nos pratiques, justifier nos choix.

Cela implique de mesurer, d’analyser, d’objectiver. Et donc de travailler avec des experts de la donnée. Cela implique aussi de prendre en compte les dimensions médico-économiques, organisationnelles, réglementaires. L’innovation ne peut pas être déconnectée des contraintes du terrain.

La médecine de demain se construira dans cet écosystème. Les soignants restent centraux, mais ils ne sont plus seuls.

 

Cette vision est-elle largement partagée par vos confrères ?

Pr M-O. G. Elle progresse. Tous ne sont pas au même niveau d’implication, bien sûr. Mais la pression réglementaire, les exigences de qualité, la nécessité de démontrer la valeur des pratiques poussent chacun à s’y intéresser.

L’intelligence artificielle, par exemple, devient progressivement un outil d’optimisation. Nous avons une obligation de moyens : utiliser les outils disponibles pour améliorer la prise en charge de nos patients. Cela inclut les dispositifs numériques, le suivi structuré des patients, la collecte et l’analyse des données.

Les centres hospitaliers se structurent, les plateformes se développent, et les chirurgiens comprennent qu’ils doivent s’inscrire dans cette dynamique collective.

 

Le congrès MedInTechs Society ne se limite pas à un congrès médical classique. L’objectif est de réunir tous les maillons de la chaîne.

 

Dans ce contexte, quel est le rôle spécifique du congrès MedInTechs Society que vous présidez ?

Pr M-O. G. Le congrès MedInTechs Society ne se limite pas à un congrès médical classique où l’on échange uniquement entre pairs sur des techniques opératoires. L’objectif est de réunir tous les maillons de la chaîne : médecins, infirmiers, ingénieurs, entrepreneurs, chercheurs, industriels.

Nous proposons des sessions scientifiques où des équipes présentent des travaux concrets, démontrant la pertinence d’une solution dans un établissement de santé. Nous invitons aussi des key opinion leaders qui expliquent comment, à partir d’un besoin clinique, ils ont co-développé des solutions avec des partenaires technologiques.

Mais nous allons plus loin avec des tables rondes pragmatiques. Il ne s’agit pas seulement de montrer qu’une technologie fonctionne. Il faut se demander : peut-elle réellement s’intégrer dans un flux de travail hospitalier ? Respecte-t-elle les contraintes humaines, organisationnelles, économiques ? Une solution qui demande dix minutes supplémentaires à une équipe déjà sous tension risque de ne jamais être adoptée, même si elle est performante.

 

Vous insistez beaucoup sur la faisabilité terrain. Pourquoi est-ce si important ?

Pr M-O. G. Parce que l’innovation ne doit pas être hors-sol. De nombreuses start-up ont développé des solutions technologiquement brillantes, mais qui ne correspondaient pas aux réalités du bloc opératoire ou du service hospitalier.

L’objectif du congrès est de faire dialoguer ces mondes. Le chirurgien doit comprendre les contraintes industrielles et technologiques. L’ingénieur doit comprendre la charge mentale d’une équipe soignante. L’entrepreneur doit intégrer les exigences réglementaires et économiques du système de santé.

C’est cette compréhension mutuelle qui permettra de transformer une innovation en solution réellement utilisée.

 

En résumé, que souhaitez-vous impulser à travers le congrès MedInTechs Society ?

Pr M-O. G. Une culture du collectif. Nous sommes passés d’une médecine artisanale à une médecine structurée, encadrée, data-driven. L’acte médical et chirurgical reste central, mais il s’inscrit dans un parcours global, nourri par la donnée, évalué dans le temps et intégré dans une organisation complexe.

Le congrès MedInTechs Society doit être un lieu où l’on partage cette vision, où l’on montre ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et pourquoi. L’avenir du soin se joue dans cette capacité à construire ensemble : soignants, ingénieurs, chercheurs et industriels. Ce n’est plus une option, c’est une nécessité.

 

 

Programme et inscription Congrès MedInTechs Society : www.medintechsociety.com

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