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Paroles de partenaires - 22 janvier 2026

Dr François Blanchecotte, Fédération de la biologie médicale : « Avec cette fédération, nous disposons désormais d’un outil collectif puissant pour bâtir l’avenir. »

Le 21 janvier, à 8h30, le secteur de la biologie médicale vivait une petite révolution : l’annonce de la création de la Fédération de la biologie médicale (FBM). Ses fondateurs entendent peser dans la transformation du système de santé et relancer l’avenir d’une profession, celle des biologistes, qui a beaucoup subi ces derniers temps. Interview du Dr François Blanchecotte, son premier président, qui détaille les ambitions de la FBM, ses priorités stratégiques et ses prochains chantiers.

 

Propos recueillis par Renaud Degas

 

 

La Fédération de la biologie médicale (FBM) vient d’être créée. Pourquoi avoir ressenti le besoin de fonder cette nouvelle organisation ?

Dr François Blanchecotte. Cette fédération est née d’un constat simple : notre système de santé traverse une période de mutations rapides, parfois brutales, et la biologie médicale ne peut plus avancer de manière fragmentée. Depuis plusieurs années, nous observons une multiplication des interlocuteurs, des positions parfois divergentes, alors même que les enjeux sont majeurs : accès aux soins, prévention, innovation, soutenabilité financière.

Nous avons voulu créer un outil collectif, capable de rassembler l’ensemble des forces du secteur de la biologie médicale. La FBM repose sur une conviction forte : c’est en unissant les acteurs de terrain que nous serons crédibles et efficaces pour construire l’avenir. Cette fédération n’est pas une structure de plus, mais un lieu de convergence, de propositions et de dialogue avec les pouvoirs publics. Elle vise à redonner de la visibilité, de la cohérence et une capacité d’initiative à la profession.

 

Qui sont les membres de la FBM ? Et en quoi cette fédération est-elle originale ?

Dr F.B. La structuration de la FBM est inédite en France. Elle réunit à la fois les professionnels de santé, à travers leurs syndicats représentatifs – le SDBIO, Biomed et le SNMB –, un syndicat régional – la FBP -, ainsi que les structures économiques du secteur, les sociétés d’exercice libéral (SELAS) qui portent concrètement l’activité des laboratoires.

C’est cette double représentativité qui fait notre originalité. D’un côté, nous avons la légitimité médicale et syndicale. De l’autre, nous avons les entités économiques qui assurent le maillage territorial, avec 4 222 sites de laboratoires répartis sur tout le territoire.

Aujourd’hui, avec les syndicats membres, nous représentons près de 90 % des biologistes médicaux. Les 272 SELAS qui structurent le secteur sont appelées à rejoindre la fédération. Ce modèle est unique : il permet de dépasser les clivages qui pourraient exister entre logique professionnelle et logique entrepreneuriale. Pour nous, ces deux dimensions sont complémentaires.

 

Quels sont les grands enjeux auxquels la fédération souhaite répondre ?

Dr F.B. Le premier enjeu est celui de l’accès aux soins. Les laboratoires sont des acteurs de proximité majeurs : 99 % de la population vit à moins de 20 minutes d’un laboratoire, et nous accueillons chaque jour près de 500 000 patients. Dans un contexte de déserts médicaux, cette présence est essentielle.

Ensuite, il y a l’enjeu de la prévention. Aujourd’hui, la France consacre seulement 2 % de son budget santé à la prévention, contre 2,8 % en moyenne dans l’OCDE. Or, nous voyons bien que le ralentissement de l’espérance de vie en Europe est un signal d’alerte. Les biologistes ont un rôle central à jouer dans le dépistage des cancers, des maladies cardiovasculaires, du diabète ou encore des IST.

Troisième enjeu : la soutenabilité économique du secteur. Depuis 2015, la profession a subi 27 % de baisses tarifaires cumulées, avec une inflation des coûts proche de 15 % depuis 2021. Résultat : 72 % de l’activité est aujourd’hui portée par des structures déficitaires et le revenu des biologistes a chuté de 32 % depuis 2010. Ce modèle n’est plus tenable.

Enfin, il y a l’enjeu de l’innovation. Plus de 600 actes restent hors nomenclature. À ce rythme, il faudrait plus de 50 ans pour tous les évaluer et les intégrer à la nomenclature. C’est inacceptable pour les patients qui doivent parfois payer eux-mêmes des examens essentiels. La fédération veut accélérer l’accès aux innovations diagnostiques.

 

Concrètement, quels seront vos premiers dossiers de travail ?

Dr F.B. Nous avons structuré notre programme autour de trois grands chantiers.

Le premier concerne la voie conventionnelle. La négociation du prochain protocole triennal avec l’Assurance maladie est une opportunité historique. Le système actuel de régulation prix-volume est à bout de souffle. Nous voulons construire un nouveau modèle fondé sur des critères médicaux et économiques plus intelligents, qui concilient qualité des soins, innovation et maîtrise des dépenses. Cela passe aussi par la modernisation de la convention des directeurs de laboratoire pour intégrer pleinement la prévention et le virage numérique.

Le deuxième chantier est l’accès aux actes innovants. Nous demandons notamment la fixation de délais réglementaires pour l’évaluation des tests, l’inscription systématique des tests compagnons, la possibilité pour les laboratoires de déposer eux-mêmes des dossiers d’évaluation et une meilleure utilisation de l’enveloppe innovation de 150 millions d’euros.

Troisième axe : la transformation numérique. Les laboratoires ont déjà beaucoup investi, mais cet effort n’est pas reconnu. Nous souhaitons développer l’e-prescription, la dématérialisation des pièces jointes, l’alimentation du DMP et l’usage sécurisé des messageries de santé.

 

Lors de la conférence de presse et dans le dossier que vous avez remis aux journalistes, vous insistez beaucoup sur la prévention. Quelles mesures concrètes portez-vous ?

Dr F.B. Nous voulons faire du biologiste un acteur clé de la prévention de premier recours. Cela passe par l’intégration des biologistes dans les rendez-vous prévention aux quatre âges de la vie, avec des bilans biologiques systématiques.

Nous demandons également l’autorisation de distribuer les kits de dépistage du cancer colorectal dans les laboratoires, ce qui permettrait d’augmenter fortement la participation, aujourd’hui autour de 34 %, loin des objectifs européens.

Autre sujet majeur : la vaccination. Les laboratoires pourraient prescrire et administrer des vaccins, mais nous sommes encore empêchés de les stocker et de les délivrer aux patients. C’est un non-sens alors que nous recevons des centaines de milliers de patients chaque jour.

Enfin, nous portons la création d’un statut de biologiste référent pour améliorer le suivi des patients chroniques et renforcer la lutte contre l’antibiorésistance, grâce à une prescription plus ciblée basée sur des tests biologiques.

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs publics ?

Dr F.B. Nous demandons de la confiance, de la visibilité et de la stabilité. La santé ne peut pas être pilotée uniquement par une logique budgétaire de court terme. Il faut une vision à cinq ans, une stratégie claire, qui donne aux acteurs les moyens d’innover et de se transformer.

La FBM se veut un partenaire responsable des pouvoirs publics. Nous ne sommes pas dans la contestation, mais dans la proposition. Les biologistes sont prêts à prendre toute leur part dans la transformation du système de santé. Je suis profondément optimiste : avec cette fédération, nous disposons désormais d’un outil collectif puissant pour bâtir l’avenir.

 

 

 

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