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Paroles de partenaires - 16 décembre 2025

Jérôme Leleu, Les Grandes Tendances de la e-santé : « La e-santé n’est plus une option : elle structure désormais l’organisation du système »

Le 27 janvier, les Grandes Tendances de la e-santé fêteront leurs 10 ans. En dix éditions, l’événement est devenu le carrefour de tous les acteurs qui font avancer – et parfois bousculent – la transformation numérique de la santé : pouvoirs publics, industriels, fédérations, soignants, chercheurs, patients, startups. À l’heure où la donnée de santé, l’IA, la prévention connectée et les enjeux de souveraineté forment l’armature du système, Jérôme Leleu, son fondateur, revendique une approche simple : comprendre, réunir et dialoguer.

 

Propos recueillis par Renaud Degas

 

Pourquoi un leader en santé – directeur d’hôpital, fédération, mutuelle, industriel, institution – a-t-il intérêt à participer aux Grandes Tendances ?

Jérôme Leleu : Parce que nous sommes l’un des seuls espaces où l’écosystème est rassemblé dans sa diversité réelle et non par silo. La santé numérique est partout : à l’hôpital, dans les pharmas, dans les territoires, chez les patients. Dès la première édition, nous avons voulu faire dialoguer le ministère, l’ANS, la HAS, les startups, les laboratoires, les syndicats comme le SNITEM ou le LEM, mais aussi les associations de patients. Ce n’est pas un salon produit. C’est une plateforme d’intelligence collective, chaque début d’année, pour comprendre comment se diffusent les innovations et surtout comment elles transforment l’organisation des soins. On vient pour s’informer, mais surtout pour travailler ensemble.

 

La 10ᵉ édition affiche « Explorer demain » comme slogan. Qu’attendez-vous de cette projection à 10 ans ?

J. L. – Nous ne voulons pas célébrer dix ans d’innovations comme une galerie de gadgets. Ce qui nous intéresse, c’est la manière dont la santé numérique va répondre à des problèmes très concrets : démographie médicale, prise en charge des maladies chroniques, santé des femmes, attractivité des métiers, accès équitable aux soins.

L’ouverture de la journée sera assurée par la Pr Stéphanie Alassonnière, mathématicienne et spécialiste des données de santé, également entrepreneure. Son regard est précieux, car il mêle recherche, technologie et clinique. L’objectif est de poser les enjeux des dix prochaines années : quels usages, quelles garanties, quelles limites, et surtout quels bénéfices pour les patients.

 

Diriez-vous que la e-santé est passée du statut d’innovation émergente à celui de base structurante du système ?

J.L. : Clairement oui. Il y a encore cinq ou six ans, le digital était un bureau au fond du couloir, dans certains hôpitaux ou industries. Aujourd’hui, l’accès à la donnée de santé structure la prévention, l’épidémiologie, le suivi des pathologies chroniques, l’aide au diagnostic.

Les solutions d’IA font gagner du temps aux soignants, fluidifient les parcours et accélèrent la prise en charge. Le numérique n’est plus un supplément, il est la colonne vertébrale organisationnelle. La question n’est plus « faut-il s’y intéresser ? », mais « comment s’y engager et avec qui ? ». Et c’est là que nous intervenons : rassembler, rendre lisible, mettre en lien.

 

Un exemple d’usage qui illustre cette maturité ?

J. L. – Je pense à la collaboration entre Mon espace santé et Abbott autour du suivi du diabète. Le dispositif Freestyle remonte désormais automatiquement les données dans Mon espace santé. Le patient, son généraliste, l’endocrinologue, peuvent suivre en continu l’évolution des paramètres. On voit très concrètement la convergence entre puissance publique, industriels et usage patient. C’est exactement le type de dynamique que nous cherchons à rendre visible.

 

Quelles seront les spécificités de cette 10ᵉ édition ?

J.L. – D’abord, un hommage à Danielle Villedieu, cofondatrice de l’événement, qui nous a quitté cet été. Ensuite, deux baromètres exclusifs : l’un sur l’intégration concrète de la e-santé dans les pratiques de milliers de professionnels de santé, l’autre sur la perception patients avec Doctoome. Nous voulons mesurer, et non pas seulement annoncer.

Nous donnerons aussi la parole au CEA (Commissariat à Energie Atomique) et Clinatec autour de l’interface cerveau-machine. Ce n’est pas de la science-fiction : leurs travaux ont permis à des patients tétraplégiques de remarcher en pilotant un exosquelette par activité cérébrale. C’est une preuve que le numérique n’est pas une technologie froide, mais un levier de restauration de l’autonomie.

 

Le numérique en santé est parfois perçu comme un sujet technophile. Comment éviter l’écueil ?

J.L. – La e-santé n’a jamais été un concours de techno. Ce qui nous guide, c’est l’impact réel. Les cyberattaques sur les hôpitaux, par exemple, ont changé la perception de la problématique. Pour souligner l’ampleur, le Pr Laurent Fourcade de l’Université de Limoges rappellait dernièrement que la Région Nouvelle-Aquitaine subissait 100 000 tentatives et/ou attaques par jour sur l’ensemble du territoire : cela montre que la donnée de santé est devenue stratégique. Ce n’est pas un gadget. C’est une responsabilité nationale.

 

Qu’attendez-vous des participants ?

J.L. – Qu’ils viennent pour apprendre, mais aussi pour se connecter. Nous avons quarante startups présentes, des industriels qui ne viennent pas montrer leurs produits mais leurs collaborations. Certains partenariats sont nés directement ici. C’est un endroit où l’on sort avec un agenda très concret : « on se revoit au ministère » ou « on monte un pilote ». C’est cela, l’impact.

 

Et quelles sont les conséquences si l’on ne vient pas le 27 janvier ?

J.L. – (Sourire) Ne pas venir, c’est accepter de regarder passer le train. Le numérique n’est plus un sujet adjacent. Il définit l’organisation même du système. Les professionnels qui ne cherchent pas à rencontrer les acteurs de la transformation passent à côté d’une évolution structurelle de leur métier.

 

 

 

« Les Grandes Tendances ne sont pas un événement parisien réservé uniquement aux 800 participants sur place, c’est aussi plus de 6 000 participants en ligne : un pharmacien à Limoges, une infirmière à Lille, un patient à Dinard peuvent y trouver les clés et les repères d’un système qui se réinvente. »

 

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