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Pascal Maurel – septembre 2017 – Le film nous met face à la réalité des premières luttes contre le Sida. Hasard de l’actualité, le décès, la semaine dernière, de Pierre Berger, une autre figure des premières années de lutte contre la maladie, redonne un coup d’éclairage sur cette période.

 

Le film de Robin Campillo, sortie le 23 août dernier, rappelle l’extraordinaire violence sanitaire générée par le virus et, en réponse, celle des jeunes militants d’Act Up. Un très bon film qui mérite toute notre attention pour l’histoire qu’il raconte mais aussi pour les enjeux d’aujourd’hui qu’il éclaire.

Utiles et injustes

Ceux qui ont vécu cette période se souviendront avec angoisse de ce que furent ces années noires au cours desquelles tant de jeunes victimes ont été fauchées. Le film se concentre sur l’activisme des militants d’Act Up qui a bouleversé les structures politiques, sanitaires et sociales et combattu le conformisme et les conservatismes. Les actions contre les dirigeants de l’État (François Mitterrand, Laurent Fabius, Georgina Dufoix…) et de l’industrie pharmaceutique, accusés de faiblesse, voire de vénalité, ont été à la fois utiles et injustes. En tout cas, le film, comme d’autres du genre, donne à voir les luttes glorieuses contre les pouvoirs dominants.

Le Sida, ce n’est pas que du cinéma

Le film est douloureux, émouvant et magnifiquement filmé. Il n’épargne rien. Le spectateur est impressionné par le jeu des jeunes acteurs peu connus pour la plupart. Tous sont inspirés par le sujet et ses enjeux. Car le Sida et la lutte des militants contre la maladie apparaissent à la fois lointains et d’actualité. Les conditions actuelles et celles des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix ne sont plus les mêmes. La peur, l’intolérance, l’incompréhension des responsables politiques et sanitaires et des industriels ne sont plus de même intensité. Mais, comme le souligne aujourd’hui l’association Act Up, les discriminations médicales et économiques perdurent. La prévention est insuffisante. Les réfugiés, les étrangers, les homosexuels, les bi et les trans ou encore, les prisonniers sont mal pris en charge. Et de rappeler que les plus marginalisés ont des difficultés à avoir un accès à la prévention, au dépistage, aux soins et à faire valoir leurs droits.

Nous sommes avertis

Un séropositif sur trois incarcéré est au stade Sida. Le terrible virus tue encore et toujours un million de personnes par an dans le monde. Or, une personne sur deux seulement est sous traitement. Les jeunes, en France, continuent d’être infectés car la prévention est insuffisante et manque de moyens. La situation est terrible dans les dictatures et les régimes autoritaires dans le monde. Alors que le Président Macron et sa ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mettent en avant la prévention, il est urgent de nous réveiller. Le film de Robin Campillo doit être vu par les professionnels de santé et les jeunes car les discours lénifiants ne permettront pas de gagner cette guerre qui dure depuis trente ans. Les dirigeants actuels mais aussi nous tous sommes avertis.