ASCO 2017 : l’immunothérapie toujours porteuse d’espoir

Pascal Maurel, Chicago – L’ASCO 2017, le célèbre congrès américain de Chicago, reste bien la Mecque de la cancérologie. Il fait depuis quelques années la part belle à l’immunothérapie, même si des interrogations se manifestent chez les médecins et les chercheurs. Point au lendemain de l’édition 2017 qui s’est déroulée du 1er au 7 juin.

L’immunothérapie qui cible le système immunitaire dans les cancers, reste le meilleur espoir des dernières années en matière de progrès médical. Les laboratoires Merck, avec son principe actif pembrolizumab, créent depuis quatre ans un des principaux espoirs de traitements, dans la mesure où il serait actif dans plus de 30 cancers différents. Leur médicament Keytruda, basé sur cette molécule, devient un standard confirmé de traitement, lorsqu’il y a l’expression du biomarqueur PDL1 (Voie PD-1/PD-L1). Les résultats bénéfiques sur le mélanome tiennent toujours la vedette. Mais de nouvelles pistes de traitement apparaissent dans les cancers du poumon, de la tête et du cou et de plusieurs autres localisations de cancers. Ainsi, l’immunothérapie est le sujet de plusieurs dizaines d’essais pour cibler des malades et des tumeurs graves en quête de résultats.

Il y a deux semaines la FDA (Food and Drug Administration) a ouvert la voie à de nouvelles prises en charge et de remboursements de Keytruda. Elle confirme ainsi le rôle du biomarqueur PDL1 dans l’expression de plusieurs maladies cancéreuses. Le pembrolizumab est également engagé dans plus de 200 essais de combinaisons, selon Joseph E.Eid, vice-président et directeur des affaires médicales oncologie Monde de MSD. C’est le cas avec des chimiothérapies mais aussi avec d’autres immunothérapies, des radiothérapies et même avec des vaccins.

Espoirs

Pour Caroline Robert (Institut Gustave Roussy, IGR), les études montrent que l’immunothérapie avec le pembrolizumab fait entrer les malades atteints de mélanome dans des soins très significativement prometteurs après deux ans de traitement. « Il ne faut pas oublier d’où l’on vient », déclare-t-elle. On envisagerait même, selon le médecin, de stopper les traitements si la maladie ne récidive pas et s’il y a une réponse complète au traitement. Dans les cancers ORL, l’espoir est de mise. Même si dans les cancers épidermoïdes, seuls 10 % répondent bien et longtemps à l’immunothérapie et sans doute mieux qu’avec la chimiothérapie, selon Christophe Le Tourneau, (Curie), spécialiste des prises en charge de cancers ORL. Dans le cancer du poumon, les bénéfices sont aussi importants avec des médianes de survie qui augmentent. 20 % des patients traités vont vivre et la médiane de survie est doublée à 20 % à 3 ans selon Christos Chouaid (CHI Créteil). Ce qui est très significatif selon le pneumologue quand on sait que le cancer du poumon était jusqu’à présent très réfractaire aux traitements.

L’an dernier à l’ESMO à Copenhague, il avait déjà été annoncé l’intérêt du pembrolizumab dans le cancer du poumon à partir d’un essai randomisé en première ligne de cancer du poumon. Mais on a des réponses différentes selon les histologies différentes des cancers. Tous les cancers ne répondent pas et la sensibilité est différente selon les patients et leurs maladies, souligne Aurélien Marabelle (IGR). On a des gains en survie globale dans de multiples indications et « cela va très vite », poursuit le cancérologue. « Tout cela est très nouveau encore et on a peu de recul ». En effet, on a les premières données de survie à seulement 3 ans. S’il existe peu de certitudes, les évolutions de la science semble toutefois favorables.


Vu-entendu : une collaboration renforcée contre les effets secondaires

Pour prendre en charge les effets secondaires, il faut une collaboration renforcée entre les médecins. Le cancérologue doit être au centre d’un réseau d’expertises. Il s’agit de « former tout le monde, de l’urgentiste au cardiologue et au rhumatologue et bien sûr le médecin généraliste ». Et le patient qui doit recevoir une éducation thérapeutique. « Il faut y mettre beaucoup d’énergie, selon le pneumologue Christos Chouaid . Et rester très vigilant sur les symptomes qui peuvent apparaitre avec les traitements. Les toxicités se manifestent tout au long des traitements et même après les traitements.

 


L’Asco, vitrine d’un marché médical considérable

Avec près de 40 000 visiteurs et 2 500 présentations, le congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) de Boston constitue la plus grande réunion scientifique et médicale en cancérologie. L’ASCO est le lieu de promotion des grands laboratoires internationaux en lien avec des centres de recherche et de soins hospitaliers.

La puissance de cet évènement médical est incontestable. Il est aussi lié au marché économique de la cancérologie qui est de l’ordre de 120 milliards de dollars (107 milliards d’euros) aujourd’hui et qui devrait avoisiner les 150 milliards en 2020. L’immunothérapie devrait produire, à elle seule, un chiffre d’affaires estimé à 27 milliards en 2020 (soit 18 % du marché).

Les recherches en cours ont été présentées par des chercheurs étrangers (14 publications) et américains (12 publications). La Chine a fait part de 2 publications. Les Etats-Unis sont dans une situation plutôt inconfortable : Comme l’a souligné Les Echos (Edition du 8 Juin 2017), la recherche publique américaine connaît des difficultés liées à la baisse de ressources financières. L’Institut national de la santé (NIH) aurait ainsi perdu 25 % de pouvoir d’achat depuis une quinzaine d’années et financerait moins de travaux de recherche. Donald Trump menacerait d’aggraver encore la situation en rabotant les crédits de l’Institut national de la santé. Présenté il y a quelques semaines, son projet budgétaire prévoit une baisse de ressources de plus de 18 % l’an prochain (à 26 milliards de dollars), selon le journal économique.